Les historiens sont de bonne foi, passionnés, intelligents et cultivés. Il est malgré tout laborieux de leurs faire rectifier leurs erreurs les rares fois où ils en commettent.
La plupart des humains, diplômés ou non, détestent être sortis de leurs zones de confort. Sans contraintes extérieures, il est déjà mal aisé à un individu isolé de se remettre en question. Cette démarche devient plus complexe lorsqu’il s’agit d’un groupe de particuliers. Avec les grandes institutions dogmatiques, les remises en question semblent presque impossibles.
C’est pourtant ce qu’a courageusement fait la «nouvelle histoire», depuis les années septante, en mettant de côté l’aspect événementiel de l’histoire et en tentant de mieux comprendre les dynamiques sociales des anonymes à travers le temps et les lieux. Plus près de chez nous les AVO (Archives de la Vie Ordinaire), misent en place en 2005 à l’initiative de Jean-Pierre Jelmini, en font de même.
Bref retour en arrière.
La fête de la Bonneville
Du 5 juillet au 5 août 2001, une grande manifestation eu lieu près d’Engollon afin de commémorer la destruction du village de la Bonneville survenue en 1301.

Sur place, les organisateurs expliquèrent aux participants que le Comte Rolin de Neuchâtel s’était vengé de la volonté d’autonomie de ses vassaux Jean & Dietrich, Seigneurs de Valangin, en rayant un de leurs villages de la carte. Les rescapés ont alors quitté le comté pour fonder la Neuveville.


Étant moi-même sur place durant un mois avec les tailleurs de pierre, j’avais naïvement cru que l’explication citée ci-dessus était l’Histoire officielle. Mais lors d’une visite au château de Valangin, le premier juin 2025, l’employée à l’accueil, historienne diplômée, me raconta une autre version que deux autres historiennes ont encore confirmées depuis.
Officiellement: les rescapés de la Bonneville ont reconstruit le village plus près du château afin d’être mieux protégés. Cette opération a abouti à la création de l’actuel village de Valangin qui n’existait pas avant. Les ruines de la Bonneville, partiellement fouillées de 1874 à 1883, furent oubliées et redécouvertes par hasard lors de la création de l’actuelle nouvelle route.
Interpelé par cette dichotomie de récits et étant impliqué dans la construction de l’arche commémorative, j’ai alors décidé de mener une petite enquête.
Faisceau d’indices concordants
- Il se trouve que l’actuel Neuveville est effectivement limitrophe du canton de Neuchâtel.
- Le vieux centre, avec ses trois rues parallèles, a été construit d’un coup et non petit à petit.
- Le livre «Trésors de mon Pays» n°149, intitulé «La Neuveville», stipule à la huitième page: Fondée par l’évêque de Bâle Gérard de Vuippens pour servir de bastion avancé de l’Évêché et faire échec aux visés agressives des comptes de Neuchâtel, La Neuveville fut construite de 1312 à 1318.
- Des anciennes cartes mentionnent les ruines près d’Engollon ainsi que l’évolution du nom de «Bonneville» en «Neuveville»:
Extrait de la carte de 1699 Celle de 1713 De 1779 Et de 1864 - Dans un article de L’Express / L’Impartial du 20 octobre 2012 le médiéviste de l’Université de Lausanne, Bernard Andenmatten admet que l’année 1312 comme date de fondation de la Neuveville. Il souligne que cette indication a sa part d’arbitraire et que la destruction de la Bonneville a pu provoquer une vague d’immigration aidant à peupler cet endroit.
- La véritable pépite est un livre d’histoire très rare datant de 1787 (voir illustration). Cet ouvrage confirme, p. 37, que le village de Valangin existait déjà en 1271. Il précise, p. 48, que le Comte de Neuchâtel brûla la Bonneville le 21 avril 1301, puis: Les habitants de cette ville se retirerent, par la permission de l’évêque de Bâle, & bâtirent des cabanes dans l’endroit où est présentement la Neuville, ou au dessous du château de Scholsberg. Puis, à la page 53: celui-ci (l’évêque de Bâle) bâtit la Neuveville l’an 1312, à la sollicitation des habitans qui, pendant plus de 10 ans, n’avoient habité que des cabanes. Et enfin, page 55: On acheva l’an 1318, de bâtir la Bonneville, que l’on nomme aussi la Neuveville;…

Ces six points invitent à rectifier la thèse officielle qui fournit comme seul argument contraire l’hypothèse que ces villageois auraient été incapables de fonder un nouvel endroit sans bourgeois. Mais ceux-ci n’en avaient pas besoin puisqu’ils avaient reçu l’autorisation de l’évêque de Bâle.
Comment les historiens savent-ils que ce village, dont ils ignoraient l’existence jusqu’à la construction hasardeuse d’une route, n’abritait pas de bourgeois? S’agit-il de connaissances à géométries variables?
Comment ces villageois auraient-ils été réellement mieux protégés en allant s’installer à côté d’un château ne possédant aucune garnison digne de ce nom ni enceinte avant la fin du XVe siècle? Cette vue de l’esprit ne s’applique guère à la réalité.
Phantasmes d’historiens
Durant le demi millénaire allant de la fin de l’empire romain jusqu’au haut moyen-âge, les habitants des hameaux construits en matériaux organiques éphémères étaient considérés comme étant des semi-nomades SDF chasseurs/cueilleurs par les historiens des années septante. Afin de ne pas être discrédités par les historiens, les archéologues d’alors s’interdisaient d’utiliser le mot «village» dans leurs articles et utilisaient des notions bidons comme «proto-village». Car les historiens n’arrivaient pas à concevoir qu’une communauté villageoise puisse exister (sans Maîtres) sans ruines de pierre à proximité d’une église et d’un château.
Ce point de vue est fondamental pour saisir le mode de fonctionnement du complexe de supériorité des élites autoproclamées occidentales. Sans contexte juridique écrit, sans hiérarchie, les gens libres n’existent pas ou n’ont aucun droit reconnu. En extrapolant ce raisonnement circulaire on peu justifier, par exemple, le fait que les amérindiens soient sous-évolués, puisqu’ils ne connaissent même pas les noms latins des plantes qu’ils utilisent. Ce genre d’arrogance intellectuelle n’a pas le don de nous rendre plus perspicace.
Qu’est-ce qu’une roue?
Officiellement, les anciens égyptiens, et mayas, ne connaissaient pas la roue. Donc, l’objet en bois, appelé «patin», serait une sorte de bascule.

Si les anciens Égyptiens en avaient utilisés quatre, comme montré ci-dessous, alors dix hommes auraient pu faire monter un bloc de deux tonnes sur une pente de 15% (8,5°) en ne tirant chacun que 30kg. Qu’en dites-vous?

Ces mêmes égyptologues admettent que, par manque de métal, les pierres ont été taillées avec des dolérites (matières plus dure que le granit). Donc, j’imagine que les centaines de milliers d’ouvriers de l’ancienne Égypte ont mis presque 3’000 ans pour réaliser qu’une dolérite pouvait rouler, c’est stupéfiant.

Et que dire de l’ancien calendrier maya, si ce n’est la célèbre réplique de Galilée, au pluriel:

Du coup, je soupçonne nos braves diplômés de confondre la notion de «roue» avec celles de «moyeux» et d’«essieux».
Je paierais cher pour voir un égyptologue sculpter un nez et une oreille dans du granit avec une dolérite.
Ne pas sous-estimer les plans
L’ancienne île volcanique de Thera était probablement la Capitale de l’Atlantide citée par Platon. Elle a explosée en 1613 avant J.C. et se fait maintenant appelée Santorin. Ce qui est incroyable c’est le fait que cette île, aux deux époques précitées, soit parfaitement représentées dans un Atlas ayant presque deux cents ans.

La copie de 1829 situe correctement les villes de Troie et de Cnossos presque un demi-siècle avant leurs découvertes. Je ne peux pas expliquer ces surprenants constats.

En parlant de la Grèce, de la Turquie et de l’Antiquité, vous avez dû entendre parler de la légende de la Toison d’or. Récolter des paillettes d’or à l’aide d’une peau de mouton (toison) est une technique encore employée de nos jours. Au sixième siècle avant J.C., un certain Crésus, roi de Lydie (en Turquie), s’en servit et fût connu pour être le premier à avoir fait fabriquer des pièces en or. La généreuse rivière ayant fourni les paillettes s’appelait Pactole, aujourd’hui appelée Sart Çayi.
Les légendes ont toujours une part de vérité, mais n’allez pas imaginer que la bataille de Troie décrite dans l’Iliade d’Homère puisse avoir un fond historique.
La Grèce de cette époque est un amalgame de cités états se faisant régulièrement la guerre, elles ne seront unifiées que 900 ans plus tard par Philippe II, le père d’Alexandre le Grand. Même unies, elles n’auraient pas pu déplacer plus de 4’000 hommes par voie maritime. Sachez que la mère de l’Homère d’alors était une éolienne, ces récits ne sont que du vend.
De retour chez nous
D’après les historiens, le canton de Neuchâtel est devenu Suisse le 12 novembre 1814. Mais alors, pourquoi l’abrégé d’histoire de 1787, cité plus haut, spécifie-t-il «en Suisse» en bas de page? Et pourquoi le Plan de 1707 en fait-il de même?

Le Plan de 1779, montré plus haut, mentionne des ruines au nord-ouest du Landeron. S’agit-il de son ancêtre, Nugerol, détruit vers 1312? D’après le livre de 1787 cela pourrait être la ville de Néronica, que personne ne connaît, détruite en 380 par les Germains. Nous aurons encore des surprises.



Bon gré mal gré les explications évolues, la compréhension des Lacustres en est une des nombreuses preuves. Les rares erreurs d’interprétations, involontaires, sont dues aux manques de financements, l’archéologie préventive n’existe pas. Les archéologues travaillent souvent dans l’urgence, vite avant la construction de quelque chose. Ainsi certains visiteurs sont déçus des objets exposés au château de Valangin alors que des sites, comme la Bonneville ou la bataille de Coffrane, attendent d’être fouillés depuis plus d’un siècle.












