On entend parfois dire que notre ville ouvrière est quelconque, insipide, comme toutes les cités dortoirs. Peu nombreux sont les gens se rendant compte de ce que nous avons perdu.
L’urbanisme est une métaphore de la société humaine. Nous ne tolérons pas le «hors normes»: si vous êtes trop bête ou trop laid vous serez rabaissé et si vous êtes trop beau ou trop intelligent vous serez jalousé. En gros: ce qui est trop différent est incompris, ce qui est incompris fais peur, et ce qui fait peur est mis de côté ou détruit.
Il est tellement rassurant de faire partie de la majorité: une petite élite supérieure nous évite de devoir être responsable ou de devoir agir par nous-même et une minorité d’inférieur·es inadapté·es nous absout de nous sentir inutiles, c’est pratique.
Une (dé)vaste blague
Après avoir détruit presque tous les édifices hors norme, ou ayant de la personnalité, pendant deux siècles, nous faisons protéger le reste des cages à lapins du XIXe siècle, s’apparentant à des clones insipides, par l’UNESCO. C’est une (dé)vaste blague. Le même sort est réservé aux animaux sauvages et domestiques, comme par hasard. Toutes ces constructions intéressantes disaient aux autres: «Voyez comme vous êtes banales!». Mais un collectionneur en quête de nouveaux objets échangerait-il d’abord ses pièces uniques ou celles qu’il possède à double?
La notion de pollution visuelle arrive en quatrième et dernière position, il faut presque passer un diplôme pour en avoir conscience. L’olfactive est en tête, puis vient celle du goût, la sonore et enfin la visuelle. Mis à part, les couchers de soleil les attirances sexuelles et trois sortes de fleurs, nous sommes insensibles, hermétique à la beauté et donc à son contraire.


Nous sommes plus motivé par la notion de prestige que par celle de beauté. Le vol de la Joconde de 1911 a eu pour effet de multiplier le nombre de visiteurs du Louvre par trois, du genre: «Oh! Regardez ce mur vide, c’est là que Mona Lisait!».
Immeubles d’avant l’incendie
L’Hôtel Guillaume Tell était un bâtiment hétéroclite démoli en 1978 suite à un incendie mineur. Il était situé à l’actuelle Place des Lilas. Les deux dessins suivant ne rendent malheureusement pas bien compte de sa singulière architecture, polyforme et hétéroclite.


L’immeuble appelé l’Hôtel de l’Ours, se trouvait au numéro 48 de la rue Fritz-Courvoisier. Il datait du XVIIIe siècle, sauf la partie nord-est ajoutée en 1854. Il a servi d’Hôtel de 1852 à 1969 et avait une allure extraordinaire. Il a été massacré au début des années nonante pour faire place au chemin d’accès à l’Esplanade. Avant cela, il avait servi d’écuries au manège Finger.

La ferme de la Fontaine fut démolie au début du XXe siècle parce qu’elle débordait sur la rue des Tilleuls dont elle fut d’abord le numéro 14, puis le 16. Cette rue, n’existant alors que depuis une dizaine d’années, aurait pu être tracée un peu plus au sud.

La ferme appelée «la grosse Maison» portait bien son nom, elle avait une surface encore plus imposante que celle de la Grognerie (actuel Petit Paris). Elle se trouvait au tout début des rues du Soleil et de l’Industrie et fut sans doute agrandie au cours du temps.

Son vaste domaine sur un versant sud ainsi que sa situation privilégiée, proche d’une route principale et de l’unique grande source, suggèrent une grande ancienneté. Elle fut remplacée par des casernes d’ouvriers vers 1840.
Le massacre du Grenier
Ce paragraphe est la suite de celui se trouvant dans l’enquête n°7 dans lequel était mentionnés les immeubles 22a et 27 de la rue du Grenier. Admirez les aspects uniques des numéros 20, 22 et 24:

Contemplez le petit toit pointu surplombant un balcon en encorbellement du numéro 20, remplacé en 1955. Les mendiants et les colporteurs s’amusaient à prétendre que les initiales JDR gravées à l’entrée signifiaient «Je n’Donne Rien». Peut-être que le propriétaire, Jules Ducommun-Robert, était un radin de son vivant. Pourtant à sa mort, il légua sa fortune a des œuvres religieuses et philanthropiques après avoir fait une fondation de sa demeure.
Le numéro 22, remplacé en 1959, abritait une épicerie au rez-de-chaussée, un appartement au premier et un atelier d’horlogerie au deuxième. Ses proportions lui donnent un aspect harmonieux.

Le prix du plus beau chapeau est décerné à l’immeuble de Grenier 24, du début du XIXe siècle, remplacée par une tour en 1954.
Avant Pod 2000 et Espacité
Devinez combien de maisons, depuis les origines du village à nos jours, ont été démolies dans le rectangle entouré des rues du Docteur Coullery, de la Serre, Jean-Paul Zimmermann et l’Avenue Léopold-Robert?


Le double bâtiment en forme de L mal aligné datait du XVIIIe siècle, il fut démoli au milieu du siècle passé. Juste derrière, on distingue le mur nord-est, sans fenêtre, d’une école de commerce conçue pour être mitoyenne, ce qui ne sera jamais le cas.

Lorsque l’école de commerce se déplaça au Crêtets en 1909, puis à la rue du 1er Août 33 en 1913, le premier bâtiment de la rue du Marché 18 accueilli la Police et les Travaux Publics. Peu avant sa destruction, en 1990, il servait de lieu culturel et d’exposition. La cage d’escalier de cette première école était intéressante. L’écrivaine Hélène Bezençon a su restituer les derniers instants de cet endroit aux pages 112 et 113 du livre «La Chaux-de-Fonds XXe siècle».

Qui se souvient de la Pizzeria de la famille Hualda et du Café de la Poste, dit «chez Ridus», installés dans ces maisons de poupées?

C’est Georges-Frédéric Roskopf, né en Allemagne en 1813, qui acheta cette maison en 1867 sise aux numéros 16 et 18 de notre Pod. Une plaque installée sur la façade nous rappelait qu’il avait inventé la première montre simple et bon marché ouvrant une nouvelle voie à l’horlogerie.

Sur cette aquarelle, on distingue la ferme «La Fontaine» tout en haut à droite. En bas à gauche nous voyons le «Chandelier d’Amour», puis, sur sa droite, une maison toujours existante, puis une ferme, en troisième position, à l’emplacement de la tour d’Espacité. La grande ferme, à la sixième place, est la maison de Monsieur Roskopf avant sa transformation.

La grande double maison, aux numéros 24 et 26, a remplacé la ferme. Elle abrita le Churchill Pub, avec sa belle terrasse surélevée en bois, peu avant sa destruction en 1987. Celle du 22 a aussi connu des transformations d’enjolivement avant d’être démolie dans les années septante. La maison du 20 logeait les Services Industrielles (anciennement Viteos) avant d’être remplacée par la «Place sans nom» un temps trop bref, à la fin des années 80.
Le reste du Pod au nord
Les maisons Jacot-Baron, aux numéros 48, 50 et 52, seront décrites dans l’enquête n°9.

La coquette maison du numéro 60 fut édifiée vers 1870 et remplacée en 1976, elle appartenait à la BNS. L’imposante numéro 58 fut érigée entre 1893 et 1898, elle fit place à une cage plus moderne en 1972.

Construite en 1902 au numéro 90, la Boule d’Or, victime d’un incendie, fut remplacée en 1968 par une cage à lapins moche à en perdre la boule.
Le sud du Pod
L’Hôtel, situé à l’emplacement de Pod 9, avait été construit vers 1840 et fut victime d’un incendie dans les années septante.

Le premier Hôtel de la Fleur-de-Lys de 1776, rehaussé en 1796, a brûlé le 13 mars 1911.

Le deuxième Hôtel, opérationnel en 1912, a été remplacé par un horrible bloc en 1962. Les personnes responsable de cet état de fait auraient dû être inculpés de crime visuel.

L’immeuble du 19, datant d’avant le grand incendie, fut remplacé par la première cage en verre de la ville en 1952. Celui du 21, du début du XIXe siècle, a été substitué par du béton en 1977.

Construit en 1903, à l’emplacement d’un immeuble d’avant le grand incendie, l’Hôtel de Paris fut remplacé par une tour en 1967. Admirez ses balcons arrondis.
Les non-remplacés
Il s’agit d’immeubles ayant été démolis sans que d’autres ne leurs aient succédé.

Construit juste après l’incendie de 1794, cet amalgame de bâtiments, situés sur l’actuelle Place de la Carmagnole, fut éradiqué dans les années 60.

Cet alliage d’immeubles, construit vers 1840, possédait une petite cours intérieure.

Au siècle passé, dans les années septante, il fut d’abord remplacé par un grand jeu d’échec creusé à trois mètres de profondeur dans l’unique endroit dépourvu de fondations. Ce jeu, à la configuration captivante, fut rapidement transformé en parking nommé Place des Marronniers.

Cet assemblage de divers constructions s’est fait en cinq étapes, commencées peu après le milieu du XIXe siècle pour finir au début du XXe, il a été démoli en 2025.

Installée à cet endroit depuis plus de quarante ans, l’institutrice octogénaire Odile Johnson en a été chassée afin de construire l’entrée du tunnel de la route de contournement H18. Choquée par cette mésaventure, cette dame a préféré aller s’installer à Saint-Imier.

Construit en 1864 à la rue Stavay-Mollondin 11 dans un endroit appelé «Beauregard», le Rond Gabus accueillait les concerts et les réunions publiques.

Ce magnifique édifice fut rasé dans les années cinquante, comme Grenier 24. Un élu de cette époque était-il traumatisé par les grands chapeaux?
Et pour la gourmandise
Fort-Griffon était un triple bâtiments édifié vers 1870 dans un endroit relativement isolé qui deviendra la rue du Nord 54, 56 et 58. Gustave Courbet aurait habité là peu après l’épisode de la commune de Paris. L’historien Raoul Cop y vécu également juste avant son remplacement par une tour rouge vers 1970.

Il n’y eu jamais de «Fort», ce nom était dû à sa situation géographique dominante, comme le Petit Château et la Citadelle.
L’aspect de cet amalgame de maisons, datant du milieu du XIXe siècle, est extraordinaire. Ce bijoux architectural de la rue Fritz-Courvoisier 58 a fait place à une tour en 1962.
Cette Brasserie était un lieu huppé, mais sans punk, muni d’un jardin et d’un restaurant à la cuisine soignée. Des homos sapiens distincts gaies venaient y lire la presse ou jouer au billard et aux cartes. Ces succulents lotissements, construit vers 1880, furent engloutis par la fringante fringale de l’ami gros puis copieusement restitué en double étrons (MM) dans les années soixante. Savez-vous combien de bâtiments ont déjà existé à l’emplacement de l’actuelle MMM et de son parking?

Le premier pont de 1893 confectionné à la façon de la Tour Eiffel avait fière allure. On constate, sur cette photo de 1959, l’épaisseur de la surélévation de la rue du Manège à cette époque. La grosse tour de Crêt 1 sera construite deux ans plus tard.
D’autres bâtiments valant le coup d’œil avaient déjà cités dans les enquête n°6 et 7, comme la maison biseautée de Charrière 6 ou le «Jet-d’Eau» par exemple.
Acquis profite le profit?
La plupart des maisons citées ici ont été remplacées par des cages à lapins de six à douze étages en béton. Ces immeubles, constitué d’une multitude de matériaux cancérigènes, sont immondes. Les prix de leurs appartements, munis de pièces ridiculement petites, ne sont même pas significativement bon marché, c’est de l’enfumage à tous les étages: «à louer, gentil à louer, à louer je te plumerai!».
Qu’est-ce qui a causé la mode des HLM des années cinquante? Les gens s’imaginent que l’Europe a été dévastée par les Allemands, mais le 90% des destructions ont été le fait des alliés, états-uniens en tête. Il en a résulté une grande pénurie de logements, accentuée par une forte augmentation du taux de natalité. Par rapport à la bombe H, la bombe A est une sorte de baby boum responsable de destructions, mais cela n’a rien à voir.
Anal logis: beaucoup de consommateurs (consomment à tort) croient ne pas payer la publicité. Les publicistes seraient rétribués par Dieu ou Bill Gates, peut-être sont-ils bénévoles? Le même manque de démarche fait que les loques à terre ne se rendent pas compte qu’ils paient pour les constructions et destructions des immeubles antérieurs.
L’aspect mercantile du monde de l’immobilier ainsi que son non-respect de notre patrimoine seront développés dans l’enquête n°8b.
Citoyens responsables
Les promoteurs, encouragés par les autorités, se permettraient-ils de faire du bénéfice en sacrifiant tant de beau remplacé par du laid avec des citoyens moins laxistes?
Si certains ne s’étaient pas battus, à partir de 1978, pour sauvegarder l’Ancien Manège que les autorités entendaient détruire en 1982 pour en faire un parking… En 1972, il était question d’un HLM de neuf étages muni d’un centre commercial, comme la Coop de l’Étoile. Preuve que nous sommes gouverné par des artistes aux imaginations débordantes? En 1994, les dirigeants ont gloussé d’avoir reçus le prix Wakker comme si cela avait été grâce à eux.
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Tout ce qui a contribué à donner du prestige à la ville vient d’initiatives privés:
La dentelle. L’horlogerie. Imagi-neige. La Braderie. Le Carnaval. Les maisons multicolores. La Fête de Mai. La Plage des Six Pompes. Plan 9. Ludesco.
En 2021, alors que les citoyens lambda s’inquiétaient des répercutions économiques dues au cons finement de la COVID, un petit groupe d’individus privilégiés se sont concertés pour lancer la candidature de notre ville à devenir Capitale Culturelle Suisse: un prétexte aux copinages et autres histoires de pognon. Rappelons que chaque ville intéressée y passera chacune à son tour, à la manière des présidents de la Confédération et des J. O., comme c’est original.
Bel exemple d’initiative de nos élus. Quant au patrimoine mondial de l’UNESCO, c’est du marketing contribuant à faire augmenter les prix des loyers.
Les citadins des années 50, 60 et 70 ont troqué leur patrimoine contre leurs (leurres) phantasmes futuristes du nouveau millénaire. Pour vous amuser, regardez les utopies décrites dans le journal de l’époque intitulé «Mécanique Populaire», à la fois comique et pathétique.

À l’intérieur du rectangle dans lequel se situe Espacité, 29 bâtiments ont été détruits, là où se trouve aussi Pod 2000. En voilà un nom bien con pour les andouilles, les cornichons et autres légumes (prozac) dans les choux.
Dans le rectangle d’à côté, du conservatoire à LIDL, le nombre est de 28. Quand à celui du MMM et son parking, il est égal à 15. Ne ratez pas notre prochain concours ou qu’on marche: est-il plus difficile de chercher une aiguille dans une botte de foin, que de trouver une dent de fourmi dans un sachet de chocolat en poudre?
Les maillons faibles gagneront des anaux leptiques de consolidation.









