Un parcours un peu cours Enquête n°4

Les maisons antérieurs à l’incendie de 1794 se trouvant à l’intérieur de la zone urbaine seraient-elles plus nombreuses que le quota officiellement admis?

En 1994, pour marquer le bicentenaire du grand incendie du 5 mai 1794, sortait un parcours de 90 minutes intitulé «FEU & LIEU» ayant pour but de faire découvrir 16 immeubles rescapés de cette tragédie aux piétons ébahis.

Trente ans après, en juin 2024, sortait une brochure du même nom remettant ce parcours au goût du jour. Des plaques explicatives ont été mises, en 1994, sur chaque bâtisse afin de pouvoir clairement les identifier et le plan fournit aux pages 14 et 15 de la brochure aide à les situer.

Le fait de mettre en avant de vénérables maisons d’antan dans le but de donner envie aux habitants de redécouvrir leur ville tout en les instruisant sur son histoire est très certainement une excellente idée, mais n’est-il pas un peu dommage d’en avoir oubliées quelques-unes ?

Que manque-t-il?

Plan du village juste avant l’incendie (MH)

Si on regarde le plan du village de 1794, que nous mettons la partie incendiée en orange et les 16 rescapées en vert, nous obtenons alors le résultat du plan que voici.

Mais nous pouvons démontrer sans grandes difficultés que les bâtiments en violet ont été oubliés et auraient donc dus, eux aussi, être en vert. Par conséquent, cela signifie que les immeubles, en bleu, ont été sacrifiés par les inconséquences des plans d’alignements (enquête n°6) et l’appât du gain (enquête n°8).

Le plan ci-dessus, provenant du Musée d’Histoire, contient quelques erreurs: il manque le petit château se trouvant à la rue du nord 76, la ferme située à sa gauche, un bâtiment au nord de la citadelle, rue Bel-Air, et un autre sur l’actuel Place d’Espacité. La grande construction orange en haut à gauche, à l’emplacement du café du marché, n’a par contre jamais existée. Le petit appendice de la rue de la Charrière 8 n’apparaît que vers 1860.

Ce plan fait partie d’une série censée montrer l’évolution des édifices de la ville tout les dix ans mais ils contiennent tellement d’erreurs qu’il faudrait un livre et des centaines d’heures de travail pour toutes les répertorier.

Le plan de 1794

Plan de 1794

Ce plan, dessiné juste après l’incendie, contient lui aussi quelques imperfections: Certaines nouvelles maisons du centre, remplaçants celles ayant étés sinistrées, n’auront pas exactement cet aspect. Les autres n’avaient pas toutes leurs faîtes de toits comme représenté.

Nous pouvons néanmoins constater que dix bâtiments présent sur ce plan le sont toujours à l’heure actuel. Pour ce faire, nous allons procéder de trois différentes manières:

1) Nous suivrons dans le temps sept habitations situées à la rue de la Charrière, et alentours, en vérifiant qu’elles soient bien présente sur tous les plans établis entre 1794 et aujourd’hui.

2) Nous en identifierons une huitième sur une œuvre datant de 1787.

3) Enfin, nous déduirons l’existence de deux autres grâce à un faisceau d’indices.

Charrière et alentours

Les maisons faisant partie du parcours sont mises en vert et les sept manquantes sont indiquées en violet sur le dernier plan de 1982.

Les heureuses élues en image:

On peut remarquer, sur les plans, que les bâtiments de la rue de la Charrière 25 et 41, ont eu des rajouts avec le temps. L’allure, vers 1800, du petit hameau «La Creuse» à déjà été montré dans l’enquête n°2. Jean-Jacques Rousseau aurait assisté à une représentation théâtrale à Progrès 1.

L’élégante Fritz-Courvoisier 21

Elle apparaît sur la splendide œuvre de Henri Courvoisier-Voisin de 1787.

Détail de l’œuvre montrant la star

On peut constater son léger décalage, par rapport à la route, sur les anciens plans d’alignements, démontrant son ancienneté.

Admirons cette discrète mais néanmoins superbe habitation. Sa sobriété, ses proportions, son perron, sa porte voûtée, ses fenêtres aux linteaux bombés, ses angles en «fermetures éclair», les facettes de son toit taillé comme un pierre précieuse. Quelle classieuse Dame.

 

 

Le cas de ces deux immeubles est très spécial. Officiellement, tous les ouvrages consacrés à l’incendie, comme «1894», «1944» et «Feu et flammes sur nos villages», admettent qu’ils ont fait partie du sinistre, c’est pourquoi ils sont en orange sur le premier plan. D’autres exemplaires, non axés sur cette catastrophe, en parlent également, comme: «Histoire de l’église de la Chaux-de-Fonds» (en quatre tomes), «Le nid de la cité», «Urbanisme horloger», les deux «Histoire de la Chaux-de-Fonds» de Raoul Cop et la brochure «Feu & lieu» évidemment.

Grenier 8 et une partie du numéro 10, il y a une cinquantaine d’années

C’est là que vous vous demandez probablement pour quelles raisons ces deux bâtisses feraient-elles tout de même partie des rescapées? C’est une bonne question, mais en voici quelques autres:

N’est-il pas un peu étrange qu’un incendie ait pu atteindre ces deux maisons sans s’étendre à la mitoyenne, Grenier 12, ni à celle très proche en direction du Locle alors que ce même sinistre a dévasté moult constructions totalement isolés?

Si ces deux édifices ont aussi brûlé, alors pourquoi seraient-ils les seuls, sur une cinquantaine, à ne pas avoir été reconstruits avec quatre étages?

Si ces deux bâtiments sont postérieurs à l’incendie, alors pourquoi ont-ils l’air d’être plus anciens (formes, volume, plan au sol et manufacture)?

Deux dates ont étés gravées sur le linteau de la porte de Grenier 10: «1680» et «1977». Elles ont une usure et un aspect similaires indiquant qu’elles ont été taillées à la même époque, probablement en 1977 pendant des rénovations. Alors, l’individu ayant mandaté et payé un tailleur de pierre afin de faire gravé «1680» sur sa maison était-il, d’après nos autorités actuelles, un idiot ne sachant pas ce qu’il faisait?

Des dates certainement pas gravées au hasard

Un livre de Charles Thomann, datant de 1965, intitulé «L’histoire de Chaux-de-Fonds inscrite dans ses rues» explique, à la page 49, que le Café Schaeffer, situé à la rue du Grenier 8, aurait été protégé de l’incendie de 1794 grâce à la pompe des Sagnards. L’ouvrage «BON PIED BON ŒIL» est d’accord avec cela, à l’objet n°80.

On ne sait ce qui est le plus comique dans cette anecdote: le fait que des royaliste n’aient pas choisi «la Fleur-de-Lys» comme lieu de rassemblement ou qu’ils aient dû sacrifier leurs tonneaux de vin afin de remplir leur pompe.

Cette somme de questions pertinentes et d’indices mènent à une conclusion: soit ces deux bâtisses n’ont pas été brûlées, soit elles l’ont été très superficiellement, à l’immage de l’immeuble à côté de la Fleur-de-Lys en 1911.

Léopold-Robert 13 bis, incendié le 13 mars 1911

 On peut soupçonner que l’établissement de la rue du Grenier soit très ancien de part sa situation stratégique à la croisée des chemins primaires. Il ne s’agit pas d’une ferme réadaptée en chaumière afin que quelques rares voyageurs ne soient pas contraint de dormir à la belle étoile, mais d’une auberge construite uniquement à cet effet démontrant que les gens de passage étaient plus fréquents 24 ans après l’établissement de la Mairie en 1656.

D’autres bâtiments pré-incendie

Les maisons situées en ville et antérieurs à l’incendie, n’étant pas dans la brochure, sont relativement nombreuses, mais elles sont éloignées du sinistre et donc également du parcours «Feu & Lieu».

Les habitations à l’architecture rurale abondent à l’extérieur de la ville, voici une liste de celles se trouvant à l’intérieur, soit là où l’agglomération s’étend aujourd’hui:

  • Rue de la Charrière 81, 91 avec sa superbe cheminée provenant d’une autre ferme (1627), 109 (1615), 117, 123, 128 (1637) et 128a.
  • Rue Fritz-Courvoisier 41 et 43.
  • Rue Sophie-Mairet 37, avec une partie fortifiée datant de la guerre de trente ans (1647).
  • Rue Alexis-Marie Piaget 1 (XVIIe), 7 et 9.
  • Rue du Crêt-Rossel 9 et 11 (avant 1720).
  • Rue du Nord 110 (avant 1648).
  • Rue des Tilleuls 11, maintes fois transformée et rénovée.
  • La ferme des Arêtes, anciennement très luxueuse.
  • Boulevard de la liberté 53 (1647).
  • Rue David Pierre Bourquin 57 (ferme Gallet).
  • Rue des Olives 2.

Un article concernant la trentaine de fermes ayant été détruites en ville et ayant été remplacées par des maisons plus modernes est en préparation.

Les habitations aux architectures citadines antérieurs au sinistre sont:

Le petit Château, rue du Nord 76, quoique rénové suite à un incendie en 1814, le Boulevard de la Liberté 55, mais surtout «Les Arbres» à la rue Sophie-Mairet 35. Cette maison, bâtie par Moïse Perret-Gentil en 1790, est l’habitation la plus emblématique de la ville.
Ce personnage est intimement lié à l’histoire du grand incendie de 1794. C’est lui qui proposa le nouveau plan rectiligne construit autour de la nouvelle Place du Marché, l’actuelle Place de l’Hôtel-de-Ville. Il est également responsable de la reconstruction d’édifices important, comme: le Grand Temple, l’Hôtel-de-Ville et Promenade 1, hébergeant pour un moment le contrôle des métaux précieux.

Rasées juste avant le 200e

Plusieurs démolitions d’édifices antérieurs au sinistre ont eus lieus peu avant 1994. Comme l’hôtel Guillaume Tell, en 1978 à la place des Lilas, victime d’un incendie superficiel. Les n°3, 5 et 9 de la rue du Versoix, vers 1980, trop proches de la route. La ruelle de la Retraite 2, que l’on voit sur les plans au début cet article jusqu’en 1982. L’Hôtel de l’Ours à la rue Fritz-Courvoisier 48, au début des années 90, victime du chemin menant à l’Esplanade.

Versoix 5

Dernières mises au point

La Grognerie, appelée ainsi à cause de son élevage de porc, a subi d’énormes transformations, en 1844, pour devenir le Petit Paris, quatorzième maison du parcours. La rue de la Grognerie est devenue la rue du Progrès en 1875.

La Grognerie, Progrès 1 et Versoix 9 (devant) et Alexis-Marie Piaget 1 et 7 ainsi que Bel-Air 22 (derrière)

Les maisons ne sont systématiquement répertoriées au service de l’urbanisme que depuis 1887.

Madame Steiger, dans la Chronique Feux & Lieux, débat, parle de sept maisons ayant été enlevées du parcours parce qu’elles le rallongeaient trop. Il ne s’agit probablement pas des dix de cet article puisque celles-ci se trouvent toutes le long de ce cheminement.