Les procès sucent

Saisir un tribunal est vampirisant, il faut du temps, de l’énergie et de l’argent. L’effet dissuasif est sans doute prémédité. Impliqués: voisins, voitures, déchets et justice.
Tout le monde a déjà naïvement mis son doigt dans un des nombreux mécanismes capable de happer la main, le bras et plus si affinité. La majeure partie des sujets tabous, secrets ou mal expliqués s’apprennent en se brûlant et (ou) en étant malmené. C’est arrivé à Anthony Hajda et sa compagne à leurs dépens.

Conte de fée de courte durée
Il était une fois, à l’orée du bois, un prince du café et sa concubine. Fraîchement installés, ils vivaient heureux, de Cerisiers et de grains torréfiés. Deux semaines après leur arrivée, un généreux quidam leur fit une offrande artisanale en guise de pendaison de crémaillère sentant l’engrenage. Il s’agissait de petits porte bonheur bruns foncés anufacturé en nature par quelques mignons animaux de compagnie ayant fait bonnes ripailles, peut-être des chats bontés ou des loups dégénérés, qui avaient poussé le sacrifice jusqu’à se délester d’une partie d’eux-mêmes afin de fournir plusieurs dons de leur très propres fabrications.

Dès lors le prince fut dans l’embarras étant donné qu’il ignoroit qui gratifier pour ce présent de bon aloi. Fort heureusement, la vicissitude de notre protagoniste ne persista point étant donné que le mystérieux philanthrope s’attela bientôt à se dédommager en arrachant essuie-glaces d’autrui.
Fable débordant de fientes
Après moult désagréments, notre héros, n’avoit pu résoudre cette tonifiante énigme et dû alors quérir l’aide insignifiante de la peau lisse. Mais hélas, ces chevaliers de l’ordre et de la paix estoient, par soucis d’une édifiante respectabilité, trop occupés à s’épiler, notre bon prince n’eut d’autre choix que celui de quémander l’aide d’un tonitruant chevalier privé chargé d’une purifiante mission, surprendre le manant en flagrant délit.
C’est ainsi, que par une vivifiante nuit, à la température plus pétrifiante que liquéfiante, nos acteurs entrèrent dans les annales en faisant une stupéfiante découverte. Le saboteur de diligences n’éstoit point un maraud ou un quidam mais une diligente dame légèrement déjantée. La fructifiante rosseuse de carrosses estoit la fée Cacarabosse. Elle fut prise en flaque à 00h50.

Fringant délit et flagrant déni
La chipie, chipeuse de balais, estoit si effrayée qu’elle se mua en six trouilles. Cette défiante jouvancêtre trop confiante estoit devenue l’ennemie Lady méfiante. Contrainte de consentir à sa responsabilité dans l’affaire du compostage, la perspicace, sous sa carapace, nia modestement être en plus la cocasse Reine des essuie-glaces. Estoit-elle une sagace nez faste ou une juste une simple gredine un brin taquine? Estoit-elle coupable? Cela seroit désormais au saigneur supérieur de trancher.
Nous prendrons acte, plus tard, de la lubrifiante sentence.
Orgie de coïncidences
Suite à l’interpellation de Dame Compost, le 19 avril 2023, la police a constaté onze actes de vandalisme similaires commis sur les véhicules de cinq propriétaires ayant déjà déposés des plaintes entre le 7 septembre 2021 et le 14 mars 2023 engendrant 4’810,65 CHF de dégâts.
D’après son voisin, la prévenue est régulièrement sujette à des sautes d’humeur.
Elle prétend avoir aussi été victime de vandalisme sur ses trois véhicules; il s’agissait de billets de mécontentements déposés, alors que les autres voisins ont eu un pare-brise cassé, des rayures de carrosserie, douze essuie-glaces arrachés et divers immondices renversés.
Les heures des méfaits, la nuits, correspondent à celles durant lesquelles Dame Compost promène son chien ou cherche ses chats.
L’appartement de Dame Compost se trouve au centre de tous les délits, à une centaine de mètres.
La nuit de son arrestation, une heure durant, elle raconte être sortie pour chercher son chat. Elle aurait soudain été énervée de voir la voiture de Thony mal parquée. Elle serait donc partie chercher son chat son compost en main, serait passé devant la benne sans le vider et serait soudainement tomber sur la voiture cinquante mètres plus loin. La préméditation ne sera pas retenue.
Par un étrange hasard, les infractions ont totalement cessées depuis.
Procédure interminable
De 2020 à 2023, Anthony Hajda a eu à encaisser des coups bas ainsi que, dans ce cas précis, d’une extrême nonchalance des «forces» de l’«ordre». S’y ajoute 1’000 CHF d’augmentation de prime d’assurance et de 500 CHF de frais de nettoyage.
En avril 2023, le détective privé mettant fin au cauchemar a coûté 3’000 CHF.
Le 28 août 2023, le Ministère public a rendu une ordonnance pénale requérant vingt jours-amende, soit 1’600 CHF, avec sursis pendant deux ans, plus 300 CHF d’amende à la prévenue. Estimant la sentence trop légère, Thony a fait opposition. Cette décision engendrera 3’000 CHF de frais d’avocat supplémentaire.
Le 16 avril 2024, le dossier est transmis au Tribunal de céans.
Le 2 avril 2025, le verdict tombe: La Fée de la poubelle bio n’est condamnée que pour sa déprédation du 19 avril 2023 à 200 CHF d’amende et est acquittée de tout le reste. Elle recevra même une indemnité de 2’056 CHF pour l’aider à payer ses frais de défense et ne devra payer qu’un tiers des frais de la cause, soit 946.50 CHF.

Le ministère public a refusé d’indemniser la victime, concernant ses frais de détective privé. Argument: les dommages causés n’atteignent pas 3’000 CHF, or l’art.172 du Code Pénal et les art.41 à 44, 47 et 49 du Code des Obligations n’indiquent aucune somme quant aux indemnités, c’est laissé à l’appréciation du Juge.
Bref, cette affaire aura duré cinq ans et coûté 7’500 CHF à Monsieur Hajda. Il a dû vivre avec une épée de Denys l’Ancien sur sa tête (Damoclès le cynique n’avait pas d’épée, il était sous cette épée). Imaginez que, pendant trois ans, vous alliez vous coucher en vous demandant tous les soirs, la peur au ventre, dans quel état sera votre voiture juste avant d’aller travailler. N’est-ce point reposant?
Point de vue du Ministère public
Le principe de la présomption d’innocence est fondamentale pour la procédure pénal de notre pays. Nous ne sommes pas des citoyens états-uniens, nous ne pouvons pas nous servir d’enregistrements obtenus à l’insu d’un accusé lors d’un procès. Nous sommes souvent trompés par l’influence des séries TV et du cinéma.
La croyance en une justice prétentieuse, lente, chère, inefficace et injuste est assez répandue, examinons un instant ses principes de fonctionnement.
De l’adage disant «mieux vaut prévenir que guérir», elle ne fait ni l’un ni l’autre, car cela n’est pas son rôle, elle n’est ni professeur, ni éducatrice, ni psychologue, ni médecin, mais juge. Et cela n’est pas des gens qu’elle juge, mais des situations, cela n’a rien de personnel.

Un principe voudrait que l’on punisse tous les gens coupables d’infractions. Mais qui n’a jamais commis la moindre faute en étant absolument pur et innocent? Devrait-on punir tout le monde?
Punir et pardonner, grand écart
Un autre principe voudrait que l’on soit pardonné, mais nous oublions fréquemment les quatre impératifs que cela nécessite pour ce faire:
1) Admettre sa culpabilité.
2) Comprendre et donc expliquer les raisons de sa faute.
3) Présenter ses excuses et demander pardon.
4) Promettre de ne jamais recommencer.
Le fait est que nous sommes souvent très loin du compte (pour les enfants?). Pouvons-nous raisonnablement tout pardonner à tout le monde?
La stricte application de ces deux principes ouvrirait des boîtes de Pandore ingérables.
Notre justice, équilibriste, en est réduite à faire de pénibles et perpétuels grand-écarts entre la méchante punition et le gentil pardon en rendant ses verdicts.
Gérer un monde de crapules
Dans un mondes où les ridicules crapules sans scrupule avide de pécule (papier cul, argent sale) pullulent, cela n’est pas chose aisée.
Le triangle de Stephen Karpman «Victime; Tourmenteur; Sauveur» et la méthode du «pas vu, pas pris» ont certainement encore de beaux jours devant eux.
Blague innocente: «Le pardon? J’ai déjà donné, alors j’vais pas r’donner!».
Une question essentielle demeure
Comment Thony aurait-il pu, ou dû, faire autrement?
Grace à lui, les méfaits ont stoppés. Ses sacrifices ont rendus l’endroit plus paisible, tous les voisins en profitent.
Il n’avait que vingt jours pour faire recours. Pour ce faire, il aurait dû payer 3’000 CHF d’avance, ne couvrant pas tous les frais, avec peu de chance d’obtenir réparation, il a donc laissé tomber. Il a reçu une facture de 300 CHF pour clore le dossier.
Son avocat aurait pu anticiper tout cela, il porte, semble-t-il, une grande part de responsabilité dans ce fiasco.
Divers avatars de justice
Afin d’élargir la perspective, plongeon historique pour débroussailler le développement des processus judiciaires de sanction ou de pardon.
Aux périodes et endroits où le christianisme régnait tout puissant, écrire différentes Bibles en latin, langue morte, rendait les représentants de Dieu quasi uniques détenteurs du savoir face à une populace ânes α bêtes. La parole divine était exprès incompréhensible.

Ailleurs et après, le Coran s’imposait, avec une nuance: la pensée d’Allah évolue. Selon la loi islamique, une révélation du Prophète peut en abroger une autre, si cette dernière est plus ancienne. Pour les fidèles cela reste obscur.
En effet, les 114 Sourates des révélations n’ont pas été écrites en ordre chronologique, mais de la plus longue à la plus courte. Or seuls les érudits savent quelles révélations sont obsolètes et peuvent être annulées.
Des siècles de juristerie
L’actuel système de lois occidental, par son volume, ses incessantes mises à jour et le jargon juridique utilisé, entre autre le latin, n’est pas conçu afin d’être accessible. Et la communication demeure limité aux initiés.
D’après l’adage «nul n’est censé ignorer la loi», tout le monde est censé être Dr en droit. Les illettrés sont laissés pour compte.
Civilisation de l’hypocrisie
Passons à l’étage des principes. Dans notre système hiérarchisé (vertical), tous les gens sont égaux (horizontal), n’est-ce pas cher Maître. Cela laisse ouverte la voie à l’hypocrisie, à la dissimulation. Lorsque nous disons «Je suis votre supérieur!», nous n’avons pas l’honnêteté de dire «Vous êtes mon inférieur!», alors que c’est vrai.
Notre paix sociale est en outre basée sur la crainte et non sur le respect. Notez en passant que la porte la mieux fermée est sans doute celle que l’on pourrait laisser ouverte, sans crainte.
Étant moi-même porté à jouer sur les mots, je ne puis que m’enflammer si un quidam m’apostrophe par mon sot briquet de trou Duc.
Parfois cela dégénère. La justice s’en mêle alors. Et finit par sanctionner sans égard pour l’offensé qui doit se contenter de voir l’insulteur puni.
Exemple: en 2009, trois adolescents ont rossé un autre jeune à Esplanade. Après l’agression, la victime a pu croiser ses agresseurs pendant des mois avant le jugement.
Verdict: quelques heures de travail d’intérêt général pour les trois agresseurs, sans aucune obligation de s’excuser auprès de la victime.
Voilà où mènent 40’000 ans de langage articulé souvent utilisés à mauvais escient.
Et Dame Compost dans tout ça?
Quelles sont ses sentiments naturels refoulés, ses frustrations et de colères face aux injustices, de désarroi et de solitude liés à l’âge, sans oublier le manque de dialogues et la tristesse…?
L’empathie? Aux abonnés absents.




