Mercantilisme immobilier, enquête n°8b

On nous parle de rénovations nécessaires, de durabilité et d’éco logis. Comme d’habitude, l’essentiel est dans ce que l’on ne nous dit pas, car le cacapipitalisme est honte eux.

Les dégâts urbanistiques commencent en 1952 avec la destruction de l’Arsenal faisant place à la cage de Léopold-Robert 19 et se calment après l’Esplanade et Espacité en 1994. Ceci n’est pas un point de vue, mais une réalité simple que tout le monde peut vérifier.

Les trente glorieuses

Les historiens situent cette période de 1945 à 1973, soit de la fin de la Deuxième guerre mondiale jusqu’à l’imposition des pétrodollars par la brave démocratie yankee vivant au-dessus de ses moyens. Ceci est une vision idiote et simpliste ne fonctionnant que sur le papier. Dans les faits, la période faste ne commence qu’au début des années cinquante et s’étiole gentiment du milieu des années nonante jusqu’aux surprimes de 2008. Ces universitaires s’imaginent-ils que les gens encenseraient les années quatre-vingt si notre confort s’était effondré en 1974? Ces diplômés prennent poliment les individus lambda pour des cons.

Une association, baptisée Glorieux Héritages (GH), cherche à sacraliser certains bâtiments construit à cette époque. Les clapiers à lapins décrépi de la rue Numa-Droz 196 à 208 (Numaga) et le building (19)54 de la rue du Bois-Noir 15 à 23 en font partie, prouvant encore une fois que le prestige peut s’abstenir d’être noble ou élégant, comme le rêve américain.

Ne sont-ils pas triomphants?

Si vous connaissez des gens soutenant cette revendication, alors demandez-leurs pourquoi est-ce qu’ils n’habitent pas là. Cette démarche sadomasochiste est un juste milieu entre les psychopathes prenant plaisir à revenir sur les lieux de leurs crimes et les victimes atteintes du syndrome de Stockholm, des couples infernaux.

Pavé de bonnes intentions

L’architecte Boris Evard est à l’origine de ce «patrimoine béton au Panthéon» de fort mauvais goût. Cela fait partie de notre actuelle dégénérescence: aimer la techno par nostalgie d’un travail à la chaîne volé par des robots; trouver dans la noblesse dans les comics books américains; les concepts de «culture pubs» et d’hyper-artistes; les LGBT(QQIAAP…) invités dans les classes d’écoles; des graines stériles de maïs contenant des gènes de poissons pour sauver le monde; apprendre ce qu’est un anulingus à des gamins de dix ans; des taxes pour contrer le réchauffement climatique; des I.A. pour nous expliquer comment nous torcher l’cul; …

Ces bâtiments sont moches, mal agencés, mal isolés, remplis de matériaux malsains voire cancérigènes et impossibles à rénover durablement. Sauvons ces glorieux trésors! Le pire, c’est que rien ne permet d’affirmer que ces gens ne soient pas honnêtes et sincères dans leurs revendications, c’est une tragédie grecque. Cela rappel la démarche de Guillaume Nusslé avec son livre de 1943 intitulé «Essai sur la Chaux-de-Fonds».

Projet de Guillaume Nusslé

La proposition de monsieur Nusslé était absurde, puisqu’il s’agissait de détruire un bon nombre d’anciens immeubles, dont celui de 1680 de Grenier 8-10, afin de reconstruire d’autres bâtiments soi-disant mieux adapté à la circulation routière. Ces nouvelles maisons auraient ensuite été qualifiées de vieille réserve et protégées.

Certains des édifices des 30 glorieuses sont effectivement historiques, il s’agirait de faire la part des choses sérieusement. Qui va payer des rénovations aux coûts exorbitants afin d’aller vivre dans des cages à lapins? Certainement pas des loques à terre.

Notre démocratie parfaite

Au départ, le but de cet article était d’enquêter sur un éventuel copinage entre les autorités des années 50 et les sociétés immobilières (S. I.) responsables des massacres des numéros 20, 22, 24 et 27 de la rue du Grenier. Pour cela, il aurait fallu comparer les noms des politiciens avec ceux des S. I. Mettre la main sur la totalité des listes de noms constituants les conseils communaux, les conseils généraux et les conseils d’états de 1945 à 1960 est déjà ardu, mais faisable. Par contre, avoir accès à aux noms des ayants-droits des quatre Sociétés Anonymes impliquées est plus laborieux que les douze travaux d’Astérix. Seule des enquêtes détaillées au Registre du Commerce allant au-delà de nos moyens limités, permettraient de réfuter ou confirmer notre hypothèse.
Notre système hypocrite peut bien donner des leçons de démocratie à Vladimir Poutine et des exemples de libertés d’expressions aux musulmans afin de s’auto convaincre de sa noble supériorité, mais tout le monde n’est pas dupe. Peut-être sommes-nous dans une démoncratie ou dans une version démo?

Nous devrons donc nous contenter d’observer quelques faits allant dans le sens d’une certaine connivence entre ces S. I. et les individus ayant le pouvoir et la responsabilité de fournir des autorisations de construire:

  • Les gabarits de ces immeubles seront qualifiés d’outranciers par le service de l’urbanisme à partir des années quatre-vingt.

    Prestigieux immeuble de 1902 avec vue sur le béton
  • Il est tout à fait incroyable, voir vulgaire, d’avoir autorisé la construction du numéro 20 si près du numéro 18.
  • Des rues avaient été prévues aux emplacements des numéros 22 et 27, et ce depuis le plan d’alignement de Charles Knab de 1859. L’intention a été maintenue durant un siècle.

 

  • L’immeuble du numéro 22 abritera des services étatiques jusqu’au début des années quatre-vingt.

Des loyers toujours plus chers

Les cantons de Genève et de Vaud ont des organes de contrôle des loyers, le nôtre n’en a pas et subi, en ce moment, des hausses de loyers plus importantes qu’ailleurs. Nicole Decker, cheffe du service du logement, argumente sur le bon fonctionnement de l’autorégulation par le marché et par la crainte des propriétaires à faire rénover face à d’éventuelles contraintes de prix imposés. Un doux mélange de taoïsme, genre «Assis tranquillement à ne rien faire, l’herbe croît d’elle-même», et de menaces infondées car les gens cherchant des appartements non rénovés, donc moins chers, sans en trouver sont légions. Tous ces technocrates proto-colères sont de plus en plus hors sol. Si l’on vous dit «protocole» et que vous comprenez «pros t’encules» alors ne vous inquiétez pas pour votre ouïe, vous n’êtes plus innocent, mais sain d’esprit.

Ce que l’on ne vous dit pas

Depuis 1990, les loyers ont augmentés de 80%, l’inflation a été de 47%, alors que les salaires n’ont gagné que 37%. Autrement dit, quelqu’un qui, en 1990, gagnait 2’000 CHF et payait un loyer de 500 CHF avait encore 1’500 CHF correspondant à 100 repas de 15 CHF. Cette situation équivaut aujourd’hui à gagner 2’740 CHF avec un loyer de 800 CHF, il ne reste donc, merci l’inflation, que 88 repas à 22 CHF.

Ce système favorise les banques à tel point que ce sont très souvent elles les premiers véritables propriétaires des immeubles (les mafias blanchisseuses sont en deuxième position, avant les caisses de retraite). De plus, les impôts sont conçus de manière à pouvoir déduire les frais des biens hypothéqués, les gens préféreront donc payer des intérêts aux banques plutôt que des impôts à la communauté. Mais ce qui rend la notion d’autorégulation par le marché absurde et ridicule est le fait que les bénéfices utilisés à des fins de rénovations soient déductibles des impôts. Cela incite les gros propriétaires à sur-rénover leurs cheptels d’immeubles, contribuant ainsi à éradiquer les loyers bon marché.

Nos responsables savent jouer avec les chiffres et les mots. Prenons deux situations: dans la première, un tiers des appartements seraient loués 600 CHF, un autre tiers serait loué à 900 CHF et le dernier tiers serait à 1’200 CHF; alors que dans la deuxième situation, la totalité des loyers seraient fixé à 1’200 CHF. Des propriétaires manipulateurs peuvent embrouiller la compréhension du marché en se vantant simplement de n’avoir aucun prix excédant 1’200 CHF. Alors que, pour les locataires, ces deux situations sont fondamentalement différentes.

Une société amnésique

Les banques ont toujours fait fluctué leurs taux hypothécaires le temps d’une génération. Elles descendaient leurs taux afin d’inciter les couples naïfs de jeunes adultes trentenaires encore épargnées par un système sans pitié à devenir propriétaires. Puis elles entretenaient la forme physique de leurs petits protégés en faisant remonter les taux, histoire de leurs apprendre à sauter toujours plus haut. Ces tours de manège duraient une vingtaine d’années.

Depuis la crise des surprimes de 2008, la situation est différente mais pas moins dangereuse pour les petits propriétaires. La faible inflation et les taux bas durent depuis bientôt vingt ans, donnant l’illusion d’une sorte de stabilité immuable.
Cela ne changera pas, cela va rester mille ans, le monde dans lequel nous vivons ne connaît pas la crise, tout esr définitivement acquis, la situation actuelle ca perdurer éternellement.

Manipulation de langage

On nous parle de «rénovations nécessaires sur le plan énergétique», mais où sont les baisses de loyers découlant des économies de chauffage? Que signifie «rénovations nécessaires sur le plan technique»? Le jargon immobilier parle sans sourciller de «rénovation» dans des domaines où il devrait plutôt utiliser les mots «remplacer», «transformer» et «entretenir». C’est de l’abus de langage, selon Larousse, le sens premier du mot rénover étant restaurer.

Refaire une vieille installation électrique dangereuse, changer un chauffe-eau saturé de calcaire ou repeindre n’est pas de la rénovation, mais de l’entretien. Enlever les moulures du plafond, les boiseries et les parquets pour les remplacer par du plastique, de l’aggloméré, du plâtre, des catelles et du béton n’est pas de la rénovation, mais de la transformation. Installer un ascenseur, une salle de bain ou une cuisine agencée dans une maison n’en possédant pas à l’origine est une transformation.

Vous imaginez une restauratrice d’art doubler le prix d’une œuvre après l’avoir modifiée en prétextant que c’est ce que veut le publique maintenant? Ou qu’un mari adultère fréquentant une très jeune femme aie en plus le toupet de dire qu’il a rénovée sa compagne?

Hommage à la dissonance cognitive

Dans le «Ô» du 17.4.2026, on lisait à propos de la réouverture de l’hôtel-restaurant de la Vue-des-Alpes. Il était  intitulé «De la durabilité plein la Vue». Un cas d’école concernant les fossés entre les théories et les pratiques. Une liste réduite des non-sens:

  • Une fois de plus on nous parle de rénovations, alors que nous avons à faire à un lieu transformé à l’extrême.
  • Après avoir détruit (lobotomisé) la totalité de se qui faisait l’authenticité de cet endroit, on ose nous parler de «l’âme et la magie du lieu».
  • Comment peut-on dépenser 9,2 millions de CHF pour un si petit volume sans trouver cela vulgaire? Si on avait claqué 20 millions, cela serait-il encore plus durable et écologique?
  • Des travaux étalés sur trois ans avec des machines modernes pour obtenir des espace sobres et vides, alors qu’au XIXe siècle, on construisait des maisons en une seule année?

    Sans commentaire
  • Alors que la tendance actuelle est aux petits coins chaleureux, on vous propose là-haut un grand réfectoire d’usine d’une centaine de places, pour des ouvriers très fortunés.
  • Prétendre se différencier de leurs concurrents en concoctant une charte, c’est les insulter indirectement, tant il est vrai que ceux-ci se vantent tous d’être des pollueurs vendeurs d’OGM.
  • La responsable, Micaela Reis, marche sur la tête en annonçant qu’il n’y aura pas de fondue parce qu’ils en servent en face. Pourtant, il existe une multitude de façon de personnaliser une fondue. Quelqu’un devrait peut-être expliquer à cette dame à la mode éco(nomique?) que le mot «terroir» sous-entend, entre autre «tradition».

    La Joconde, rénovée durablement
  • Ces gens n’ont fait que transformer, avec une somme bien trop élevée, un ancien relais utile et nécessaire pour les voyageurs des XVIIIe et XIXe siècle en produits de luxe superflus pour riches bobos écolos, s’en vanter, c’est être poliment vulgaire.
  • Un endroit écoresponsable accessible en voiture et bientôt aussi avec un service de bus vides?

To bio or not to be

Reste ce nouveau mot à la mode: «durabilité». Ça sonne bien, ça commence par «du rab» tout en ressemblant à «débilité». Avant, les maisons n’étaient pas durables, la preuve: elles n’existent plus. Or c’est fini tout ça, depuis que des génies ont réinventé l’eau tiède, depuis qu’ils ont inventé la durabilité. Grâce à eux, l’hôtel de la Vue-des-Alpes n’aura plus jamais besoin ni de rénovation ni d’entretiens, merci d’exister durabilité.

Rentabiliser ce qu’il reste d’une nature à genoux tout en se faisant passer pour des défenseurs de cette dernière, ces nouveaux business(wo)man verts ne manque pas de toupet: le capitalisme écologique, l’ultime contorsionnisme. C’est comme si on nous parlait d’excréments nettoyants, d’eau lyophilisé, de gentils nazis ou de sphères pyramidales.

D’après Madame Reis, qualifiée dans le Ò de spécialiste de durabilité, nous pouvons éviter une catastrophe climatique en ne prenant pas de bain une fois par jour, en triant ses déchets, en boycottant les emballages plastiques, en achetant pas les derniers habits à la mode et en passant nos vacances au Pérou et au Japon en sac à dos.
À propos de tri, rappelez-vous: lors de l’entrée en vigueur de la taxe poubelle, il y a une vingtaine d’année, le service de voirie a dû aller puiser du carton, du bois et du PET dans les bennes des déchetteries afin de pouvoir faire brûler des sacs trop bien triés.
Personnellement, pour être encore plus efficace, j’évite de prendre cinq bains par jour et je m’entraîne afin d’essayer de ne pas en prendre dix d’ici l’année prochaine, lorsque j’en serais à 10’000, je sauverai la planète à moi seul.

Ces «responsables» utilisent les termes «marketing», «green washing», «Swisstainable», «EcoCook», «label Equity», «Nordic’BUS», «step by step» et «haut standing», bon appétit! Prendrez-vous un donut avec votre café du terroir?

Enfin, apprenez que vous avez des sens, grâce à une expérience dans un espace sensoriel.

J’vois aucune carotte, pourtant j’la sent! C’est magique!

Ces gens sont d’une prétention dont la seule limite semble être leurs imaginations, et c’est peut-être une bonne nouvelle.

Ce que l’on ne vous dit pas: quelle quantité d’énergie grise se cash dans les 9,2 millions de francs des travaux? Si cette entreprise s’avérait être un fiasco, le contribuable paiera-t-il? Si au contraire la Vue engrange des bénéfices, alors la commune sera contente et baissera les impôts, on parie?
Bref: tout le monde il est bio! Tout le monde il est gentil!

Revenons à la Chaux-de-Fonds

Patrimoine protégé par l’UNESCO?

Un exemple encore: la maison de la rue des Sagnes 13, où j’ai habité durant trente-six ans.

Votre chroniqueur râleur devant ladite maison

Le 16 décembre 2022, jour de mes 50 ans, les habitants de cet immeuble ont reçu un avis d’expulsion pour cause de vétusté. Tout ce qui faisait le charme et la spécificité de cet immeuble à été massacré des jardins au grenier.

Le nouveau propriétaire, Endriti Immo sarl, n’y est pas allée de main morte.

Les lucarnes du toit ont été supprimées. Les tuiles en nid d’abeille ont été remplacées par des tuiles orthogonales.

Les moulures des plafonds, les boiseries des parois et les magnifiques parquets ont été éliminé et remplacés par du carton, du plâtre et du ciment.

Les vieux pavés usés du jardin, un peu comme ceux entourant la fontaine des Six Pompes, ont été tous enlevés.

Quelques pavés du jardin

Pourtant, le bâtiment possédait des caractéristiques uniques: une belle porte d’entrée en pierre de taille à l’allure hors norme (encadrement néo-baroque); des appartements dépourvus de couloirs centraux et n’ayant pas la même configuration du côté est et du côté ouest; une baie vitrée dans la cage d’escalier; un jeu de lumière subtil et savant permettant d’éclairer la totalité des pièces, des caves au grenier, d’une manière naturelle.

Un aperçu de l’entrée

 

Verrière surplombant la cage d’escalier

Malgré toutes ces particularités (la cage d’escalier est mentionnée à l’Inventaire fédéral des sites construits à protéger en Suisse), rien n’a été protégé, ni sauvegardé.
À maintes reprises, j ‘ai croisé dans ce coin du quartier des Terreaux, le conseiller communal Théo Huguenin-Elie qui se rendait trois maisons plus loin, en compagnie d’un de ses collègues du Conseil communal, Jean-Daniel Jeanneret. dans un immeuble appartenant à ce dernier. Cela n’a rien changé au désastre, malgré leurs professions de foi de sauvegarder le patrimoine. Las, c’est un immeuble privé…
Les loyers sont passés de 280 CHF à 1’400 CHF par mois.

Vous pouvez constater que les vieux trottoirs en granit du Gothard ayant environ 150 ans sont en train d’être rapidement changés par une qualité merdique du genre des lignes d’Espacité. Merci d’exister UNESCO.

En fin de compte

Les habitants de ce grand village n’ont pas su saisir l’opportunité unique qui s’offrait à eux entre la fin des années 70 et le début des années 90 (ils sont restés immobiles, yeah, c’est le rock du pétrif yeah). À cette époque, les immeubles de 4 à 8 appartements étaient vendus entre 50’000 et 120’000 CHF et les travailleurs avaient la possibilités de les acquérir avec des 2ème pilier plus fourni qu’aujourd’hui. Désormais, les maisons sont hors de prix et les gens dilapident leurs 2ème pilier dans des créations de petits magasins rêvés, mais non viables.

Ce que l’on ne vous dit pas, c’est qu’après plus de cinq ans de travail au même endroit, votre employeur doit alimenter votre 2ème pilier d’une somme équivalente à vos cotisations. Vous n’avez plus le droit d’utiliser votre 2ème pilier pour acquérir un bien immobilier après 61 ans.

Tous ces divorces et séparations suivis de gardes partagés des enfants, quel aubaine pour le marché de l’immobilier: la surface occupée par habitants a doublé en quelques décennies.