Nouveau Musée d’histoire, pour qui, pourquoi?

Un micro-trottoir révèle que certains Chaux-de-fonniers sont déçus de leur Musée d’Histoire: la «sobriété» de sa muséographie n’est qu’un mou euphémisme. Chiffres et zoom arrière.

Le 28 avril 2025, avec un budget de 512’000CHF, l’adaptation du parcours muséographique du MH (Musée d’Histoire) a commencé, elle devrait se terminer en juin de cette année.
Un café des musées sera installé au rez-de-chaussée pour un coût de 529’000 CHF et un accès direct avec le MIH (Musée International d’Horlogerie) sera aménagé pour 290’000 CHF.

Le coût total des travaux en cours, comprenant aussi la réhabilitation du MIH datant de 1974, ainsi que celle du Parc situé sur son toit, devrait être de 10,7 millions de francs. Le Musée des Beaux-Arts, n’étant pas concerné par ces travaux, reste accessible comme d’habitude.

Chronique du Musée d’histoire

Avant d’acquérir la villa Sandoz, le 23 décembre 1921, pour en faire un musée à partir de 1923, la ville exposait ses objets historiques dans l’ancien bâtiment du Collège industriel, transformé en gymnase à l’époque des faits, correspondant à l’actuelle Bibliothèque de la ville et du collège secondaire de Numa-Droz.

Une légende voudrait que cette villa et son Parc furent légués à la ville à condition de laisser les jardins intactes, mais en réalité cette propriété fût acquise à son héritier, Monsieur Arnold-Edouard Sandoz, pour la somme de 220’000 CHF avec d’autres conditions.

Aménagement des premiers temps

À cette époque, les objets étaient exposés en vrac, l’important étant le fait que les visiteurs puissent les voir.
En 1963, un muséographe de renom, Georges Henri Rivière rédigea un rapport sur le développement des musées de la Chaux-de-Fonds. Ceci eut comme conséquence d’engendrer d’importantes transformations du MH, entre 1964 et 1967, afin de le rendre plus didactique.

En 1974, les combles sont aménagés dans le but de pouvoir accueillir des expositions temporaires.

Jusque-là, les différents conservateurs avaient œuvré bénévolement, mais en 1980, un rapport critique de Jean-Pierre Jelmini, alors conservateur du Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel, changea la donne et un nouveau poste fut créé, en 1981, afin de professionnaliser la gestion du musée. La conservatrice Sylviane Musy s’acquitta de cette tâche jusqu’en 2018 où elle fut remplacée par Francesco Garufo.

Un regroupement abandonné

En 2009, les différents musées, d’horlogerie, d’histoire, des beaux-arts, d’histoire naturelle et paysans, auraient dû se voir imposer une gestion concerté du fait de la mise en place d’un organe de direction commun. Le projet fait long feu.

A partir de 2010, au MH la gestion des collections, des inventaires, et la médiation culturelle rendirent nécessaire l’engagement de collaborateurs scientifiques.

En mars 2010, le Conseil général votait un crédit de CHF 3,5 millions, confirmé par le référendum du 26 septembre de la même année à 61,2%, pour une grande modernisation du MH. Ce dernier bénéficia en plus d’un apport de CHF 500’000, fourni par la SAMH (Société des Amis du Musée d’Histoire), destiné à sa muséographie.

En novembre 2014, suite aux travaux de rénovations qui durèrent de janvier 2011 à octobre 2014, le nouveau MH ouvrait à nouveau ses portes avec une muséographie sobre.

Du bon usage de la SAMH

L’année passée, la SAMH née en février 2000, fêtait ses 25 ans d’existence. Cette société, présidé par Carmen Brossard, a pour ambition de soutenir le musée d’histoire: finances; main-d’œuvre; idées; informations; publications. De plus, elle convie régulièrement ses membres à des conférences, des visites guidées et des excursions. Elle s’est notamment illustrée lors des rénovations de 2010. Vous pouvez devenir un de ses membre contre une cotisation de 30 CHF par an. Votre carte vous fournira quelques avantage dont la gratuité des visites du MH et du MIH.

Futurs travaux

Lors de l’assemblée générale du 7 avril 2025, deux points intéressants ont retenu l’attention, outre l’auto-congratulation habituelle des réunions sociétales du genre: on perdure; on a bien bossé; on a proposé des activités et des conférences captivantes, ce qui est d’ailleurs le cas.

Le premier point concernait les travaux à venir. L’aménagement de l’ascenseur, reliant le MH et le MIH, se situant au nord-est lors de cette séance se construit finalement au nord-ouest. On nous bassine à coup d’écologie et de manque d’exercice physique, mais pas trace d’escaliers.

De quoi se restaurer

Le deuxième point était relatif à la création d’un café au rez-de-chaussée. Muni d’une terrasse, il occupera au minimum les pièces trois et quatre, mais peut-être tout l’étage. Son nom n’a pas encore été défini, pourquoi pas «Muses et Bach Bar», par exemple. Le gérant du lieu sera un employé de l’État.

Une concurrence aux cafetiers indépendants déjà trop nombreux qui augmentera les frais tout en diminuant une surface d’exposition jugée  minime par d’aucuns.

À la question, en novembre 2024, «Ne trouvez-vous pas que les pièces 1 et 2 sont presque vides?», les employés répondaient «aujourd’hui, la sobriété muséale est de mise dans la plupart des musées de par le monde».
Lors de la séance 2025, à la question «Ne trouvez-vous pas qu’il soit dommage de sacrifier les pièces 1 et 2 au futur café, en plus des pièces 3 et 4?», la réponse du responsable fut: «Oh mais vous savez, ces pièces sont déjà presque vides».

Le salon de réception dans les années 60

Pourquoi pas une simple cafétéria, comme à la bibliothèque? Qui a pris toutes ces décisions? Quelle est la part du total des 10,7 millions dédiée uniquement au MH?
La tactique du buffet gratuit, en fin de séance, évitant toutes questions est imparable.
Ces travaux ont été annoncées comme peu invasifs: Les parquets et les boiseries devraient être conservées.

Évolution des muséographies

Au début, dans le courant du XVIe siècle, la notion de «conservateur» concernait n’importe quel individu collectionneur ou accumulateur d’objets quelconques. Ces précieuses choses étaient d’abord conservées à l’intérieur d’un buffet à tiroirs appelé cabinet.

Cabinet en ébène de style flamand, milieu du XVIIe siècle

Avec le temps, les meubles ne suffirent plus et les objets occupèrent toute une pièce, puis plusieurs.

Lorsque ces endroits commencèrent à être fréquentées par un public d’amateurs, ils furent appelés Wunderkammer en Allemagne, signifiant «chambre aux merveilles». Ici, ils prirent le nom de cabinets de curiosités.

À partir du XIXe siècle, la présentation des «reliques» se professionnalisa ne permettant plus l’exposition hors contexte d’une multitude d’objets en vrac sans présentations ni explications. C’est dans cet esprit que les cabinets de curiosités se muèrent progressivement en différents musées plus spécifiques.

Cabinet d’un féru, à la Tchaux, tenant à garder l’anonymat

Les cabinets n’ont pas disparu, loin de là, la plupart d’entre eux se situent chez des particuliers.

Celui de La Sagne est ouvert tous les premiers dimanche de chaque mois, de 14h à 17h.

Emballages et contenus

Plaire aux politiciens c’est très bien, mais ce ne sont pas eux qui remplissent les musées, ils ne sont pas suffisamment nombreux.

Du fait que notre société se focalise de plus en plus sur les emballages au détriment de leurs contenus entraîne une multitude de contorsionnismes mentaux, appelées «dissonances cognitives» (représentés de façon comique par les martiens de Mars attaque exterminant les humains tout en leur disant «Ne courez pas! Nous sommes vos amis!»). Conséquence: les conservateurs, d’une manière générale, sont de plus en plus contraints à faire de la médiation et de la publicité afin de se justifier avec un discours uniforme, ils deviennent plus politiciens et moins historiens.

À travers le monde, les professionnels diplômés intellectuels ne se concertent qu’entre eux, en vases clos, et tenir compte des avis d’autrui, pauvres petits inexpérimentés manuels, ne sera apparemment jamais à l’ordre du jour de cette caste d’auto-satisfaits, à chacun sa place.

Beaucoup de gens parmi ceux que 1000METRES.CH a interrogés à propos de leur Musée d’histoire, sont frustrés par le manque d’objets exposés et propagent dès lors l’idée que l’endroit n’est pas assez intéressant. Cet état de fait n’est pas seulement dommage, il est dommageable.

Sobriété de l’exposition actuelle (brochure 2015 MH)

Une civilisation amnésique de son passée est une civilisation sans base solide et donc incapable de construire un avenir d’envergure.
Actuellement, la majeure partie des citoyens passe beaucoup plus de temps à suivre des fictions comme Game of Throne, qu’à apprendre à connaître leur propre histoire. Comment faire pour tenter d’infléchir cette fâcheuse tendance?

Modes muséographiques

Suivre les modes du moment, en ce qui concerne les muséographies, uniquement par convention c’est tendre à l’uniformisation, ce qui va à l’encontre des spécificités de chaque région.
Étant donné que nous ne parlons pas de toute l’histoire de l’humanité, mais uniquement de celle d’ici, nous devrions donc trouver notre propre façon de la mettre en valeur.

Nous ne sommes qu’une petite ville au petit budget avec un petit musée ayant un petit volume, si nous tentons d’appliquer les mêmes concepts que ceux des villes de plusieurs millions d’habitants nous finirons par nous perdre.
Nous étions de rudes montagnards royalistes aimant se cultiver. En nous prenant pour des citadins new-yorkais ou parisiens, que nous ne sommes pas, nous devenons juste des sortes de «péouses endimanchés».

Présentation épurée (début 2025)

Imposer aux visiteurs des espaces zen, presque vides, avec un budget annuel d’un million de francs et des justifications du genre «maintenant c’est comme ça partout» tout en prétendant donner l’envie aux gens de revenir, n’est guère raisonnable. Cela manque franchement d’enthousiasme et de caractère, ce qui ne rend pas hommage aux tempéraments audacieux des indigents modestes ayant fait l’histoire de notre région depuis le XIVè siècle.

Future muséographie

Les responsables n’ont pas encore choisi précisément le prochain concept de réouverture du musée. En lisant la page 16 du Rapport du Conseil communal du 22 août 2022, on a du souci à se faire, car cela pourrait devenir:
Un unique étage, le sous-sol, pour narrer 650 ans de conquêtes et de vies dans le haut du canton; peut-être un étage complet, à la page 13, pour accueillir le café restaurant au rez; le premier étage dédiés à quatre grands axes dont trois ne sont que des conséquences de la mondialisation et ne sont donc pas spécifique à notre région; et un dernier étage qui pourrait bien se calquer sur le premier.

Prophétie: nous aurons probablement deux étages consacrés principalement à la période allant de la fin de la Deuxième Guerre mondiale à nos jours; un étage allant de l’incendie de 1794, qui représente le commencement des ignares, au début du XXè siècle; et rien sur les quatre siècles d’avant l’incendie, parce que l’on vous répondra d’aller au musée Paysan pour cette période.
Nous continuerons, métaphoriquement, à remplacer des fermes par des HLM.

Si la nouvelle muséographie ne vous plaît pas, ne jetez pas la pierre aux actuels tenanciers du lieux. Ces gens sont compétents agréables et passionnés, mais, n’étant pas autonomes, ils doivent tenir compte de ce que nos politiciens leurs dictent.

L’actuel conservateur, Monsieur Francesco Garufo, et Madame Myriam Minder, conservatrice adjointe, donneront une conférence le lundi 16 février à 19h00 au premier étage de la Brasserie de la Fontaine sur «Des collections qui déménagent».

Propositions utopiques

Évidence: Les gens ont accès à la bibliothèque de la ville; Ils peuvent facilement posséder des ouvrages historiques acquis dans des librairies, CSP, Emmaüs, marché aux puces ou autres; Ils ont presque tous Internet sur eux. S’ils vont au Musée d’Histoire, ce n’est pas pour trouver du blabla qu’ils ont déjà, mais pour voir des objets qu’ils n’ont pas. Logique, non?

Alors pourquoi ignorer les envies et remarques des citoyens de cette ville?
Après tout, le concept de Cabinets de curiosités est un fait historique. Aménager un espace à cet effet serait une manière d’exposer plus d’objets tout en montrant aux gens comment les musées fonctionnaient à l’époque.

 

Un autre endroit pourrait servir d’expositions temporaires de reliques indigènes, une sorte de tournus régulier avec les entrepôts, du genre: Un nouvel événement à chaque saison, comme les palettes du Carillon.

Faudrait-il mettre les objet en lignes sur Internet, comme le Louvre? Une décision délicate à double tranchants: cela peut contribuer à intéresser d’avantage les éventuels futurs visiteurs, mais cela peut également coûter beaucoup d’énergie pour inciter ces derniers à rester chez eux.

Chiffres et budget du MH

L’année passée, le musée employait onze personnes soit 5,55 pleins temps (🧮0,9+0,8+2•0,6+3•0,5+0,4+3•0,25).

Il n’y a pas que les salaires, les frais sont nombreux: sécurité; assurances; entreposages; présentations; recherches; expertises; nettoyages; électricité; chauffage; réparations; entretien; matériel divers…

Le budget annuel actuel est d’environ un million de francs, dont 10% consacrés à la muséographie. On a là une grande partie du problème des temps modernes: 10% consacré au contenu et 90% à l’emballage.

Ces chiffres ne tiennent pas compte du nouveau café, ni des conséquences des travaux en cours.

Taux de fréquentation du MH

La moyenne du nombre d’amateurs d’histoire régionale des trois années précédant les rénovations de 2011-2014 était de 2’613 visiteurs annuels, équivalant à 7% de la population de la ville.

Mais de 2018 à 2024, cette moyenne est passé à 6’796 individus par année, représentant symboliquement un peu plus de 18% des habitants.

On constate une augmentation de 160% de la fréquentation après les transformations d’il y a une quinzaine d’années, un très bon résultat.

En 2024, 1’447 visiteurs ont été interrogés sur leurs provenances. Les résultats sont les suivants:

47,3% de la Chaux-de-Fonds                          8,9% de France

1%    du Locle                                                1,6% d’Allemagne

13,5% du reste du Canton                                1,4% d’Italie

15,7% du reste de la Suisse                           10,7% du reste du Monde

Rendement du MH

Vous pouvez accéder aux budgets et rapports d’activité annuel de la ville.
De 2011 à 2025, la totalité des frais budgété pour le MH est de 20,33 millions (4 de transformations + 15 de frais annuels + 1,33 de transformations).
La totalité des visiteurs pendant cette même période est d’environ 71’358 (10,5 ans • 6’796).
Cela fournit une estimation des coûts par visiteur (20’330’000 / 71’358) soit environ 285.- CHF.

Si vous vous dites que ce chiffre est outrageusement élevé, alors dites-vous également que le seul moyen de le faire baisser est que vous, et vos connaissances, alliez plus souvent visiter ce lieu.

Au fait, depuis quand l’histoire, les arts, la littérature et la philosophie devraient-ils être lucratif?

Film La liste de Schindler

Dialogue entre deux protagonistes: «Qu’entendez-vous par essentiel? J’enseigne l’histoire et la littérature, depuis quand n’est-ce pas essentiel?»
Extrait tiré de la 25e minute du film.