Le loup a toujours généré des craintes. Près de la cité, canines saillantes, la bête rôde et mange parfois des bovins. Malgré les avis divergents, la volonté de dialogue existe.
Grand chasseur dans sa jeunesse, James Oliver Curwood (auteur à succès, par ex. Le Grizzli dont a été tiré le film l’Ours) explique dans la préface de ce célèbre livre:
«Voici une confession que j’offre au public ce second livre sur la nature – une confession, et un espoir; la confession de celui qui, pendant des années, a chassé et tué avant d’apprendre que la nature sauvage offre un sport plus excitant que le massacre – et l’espoir que ce que j’ai écrit puisse faire ressentir et comprendre à d’autres que le plus grand frisson de la chasse n’est pas dans l’acte de tuer, mais dans celui de laisser vivre.»

Ceci posé, les animaux de rente se font parfois boulotter par les meutes présentes en Suisse. Même avec de bons chiens de protection, la sécurité des troupeaux domestiques ne peut être garantie à 100%.
Accusations à tort et à travers
Par rafale, suivant la gravité des attaques du prédateur, les éleveurs touchés manifestent, râlent, parlent de leur chagrin de voir des vaches appréciées sauvagement tuées.

Certains amis des bêtes, prompts à hurler dès que l’on touche à la nature, répondent sur un ton financier, que les vaches occises seront remboursées. L’empathie semble là être à deux vitesses.
En somme, entre diaboliser et idéaliser, il faudrait (ré)apprendre à se protéger des loups et des louves. Rappelons que depuis des centaines de milliers d’années, les humain·es tremblent en entendant hurler les loups. Ainsi l’émotion face à cet animal ressurgit dès qu’une discussion est entamée à son propos.
Assurances à tort et à travers
Une majorité d’Helvètes sont aujourd’hui empreints d’une culture de la sécurité à 100%. Notons que dans les sociétés occidentales, les assureurs sont prompts à prôner qu’il faut éviter à tout prix les risques. Alors que cette sécurité est une vaste illusion, avancée pour mieux vendre des polices et des primes.
Comme en Suisse, on est particulièrement craintif, on voudrait ainsi s’assurer que le loup ne fera aucun dégât.

Voici les chiffres (2023) de prédation, selon KORA, une fondation qui s’occupe d’écologie des carnivores et gestion de la faune sauvage. Question population de ces grands carnivores, les dernières estimations (les loups ne sont pas pucés comme les chats 😼) donnent 300 loups environ sur le territoire suisse, répartis en une trentaine de meutes, sans compter les individus isolés.
Est-ce trop? En 2024, on recensait dans le pays 16 648 fermes laitières, trayant quelques 527 400 vaches. Vu côté campagne, chaque bête massacrée est une perte sèche. Côté écolos, les loups abattus sont pleurés comme des frères ou presque.

Soudain un loup mange votre chat
Et vous voilà d’un coup devenu anti-loup, pareil aux éleveurs ayant vu une génisse chouchoutée déchiquetée à belles dents. L’animal «civilisé» par sa domestication aurait-il plus de valeur que son prédateur qu’il faudrait, selon certains ultras, immédiatement trucider?

Prudence, répondent les chasseurs neuchâtelois, croisés un samedi au marché de La Chaux-de-Fonds. Ne chasse pas n’importe qui, n’importe comment, encore moins n’importe où.
Chasser, un long apprentissage
Une formation obligatoire de 100 à 150 heures est obligatoire pour se balader avec une pétoire en forêt. Alliant pratique et théorie, la future chasseresse apprend à se comporter question sécurité, manipulation des armes et munitions. Parallèlement, elle est tenue de potasser la législation et d’acquérir des connaissances biologiques sur le gibier te les chiens.
En outre, les chasseurs entendent revaloriser des habitats sauvages et sauver des faons (histoire de pourvoir en tirer un max les années suivantes 😉).
La formation est terminée une fois passés les huit examens prévus par la Fédération neuchâteloise de chasse.
L’association sait argumenter, assurant que le gibier meurt «dans le biotope même où il a vécu». Bref, sa viande est «issue d’une chasse durable».

Avec raison, la Fédé cherche le dialogue entre les utilisateurs de la nature pour assurer la préservation des écosystème. On retient que les chasseurs souhaitent discuter.
Sur leur stand, on trouvait une brochure listant dix gestes simples pour «une nature florissante». Le groupe Respect grandeur nature a même établi une charte signée par 36 entités respectant l’environnement.
Coexistence durable souhaitée
Donc de part d’autre, il semble que le dialogue s’établisse.
Témoin un dossier de Pro Natura Magazine consacré à la bête aux grands crocs et son histoire depuis 1908. Le directeur de l’association Urs Leugger Eggiman estime que «nous sommes sur la bonne voie pour parvenir à une coexistence durable avec le loup». Il ajoute que les lois en vigueur suffisent pour agir contre des loups agressifs qui s’approchent des humain·es. Même si la protection des troupeaux n’est pas toujours possible.
Brigitte Egger, biologiste et analyste en psychologie des profondeurs (recherche qui prennent en compte l’inconscient collectif), elle estime «qu’il faut tenir compte des émotions de celles et ceux qui ne partagent pas l’opinion des défenseurs de la nature sur cette question».
Et de souligner qu’il faut, «si le loup est considéré comme central à l’équilibre de la biodiversité», être prêt à développer et financer les mesures visant à l’intégrer.
Elle rappelle que «marier les opposés est le moteur de la vie». Et que «ce n’est pas une faiblesse que d’essayer de comprendre autrui».
Rendez-vous sur le terrain avec La Salamandre, pour saisir combien il est compliqué d’installer une barrière de protection.
Malgré toute la bonne volonté affiché, le débat ne sera, à mon avis, jamais clos, car notre crainte atavique est solidement ancrée.
* * *
⚠️ Ne pas confondre canis lupus avec son cousin marin, le bar ou loup de mer, poisson très vorace.

* * *
Voyons enfin le loup d’un autre point de vue, en remontant fort loin dans le temps: le loup, seul ou par deux , apparait dans diverses mythologies, des Égyptiens aux Vikings. Pour raviver votre mémoire, toujours sur le même site loubet.fr, les fables de La Fontaine mettant en scène le loup sont nombreuses.
Ce qui ressort: le loup a deux visages, l’humain aussi: parfois bon et bénéfique, parfois atroce et cruel.
Qui tend le miroir à l’autre?







