Au lendemain du vernissage, l’Atelier Grand Cargo est calme. Rencontre avec la photographe Catherine Meyer et la dessinatrice Anne Ramseyer. Une paire créative pleine de punch.

Embarquez sur le Grand Cargo, jusqu’au dimanche 28 juin, afin d’y admirer les travaux de Catherine et d’Anne, deux passagères du monde, comme l’écrit bellement Yves Robert, capitaine artistique de ce fier vaisseau.

© Catherine Meyer

Je les ai écoutées alors qu’elles gardiennaient le lieu, un attachant atelier à taille humaine, pépite nichée au milieu des alignées de piliers en béton préfabriqué du lotissement Esplanade. «Il s’agit d’un atelier ouvert à différentes formes d’art», clarifie Yves Robert.
Phare culturel indispensable, Grand Cargo trône ainsi en vitrine au milieu de quelques 300 appartements. Pourquoi les créations d’Anne et Catherine y ont élu domicile en ce mois ce juin?

Un lien fort

Une longue amitié a engendré ce projet commun. De fil en aiguille, la conversation s’est déroulée entre les saluts aux visiteuses, les cafés et les verres d’eau offerts par la maison. Cet article est une sorte d’instantané, reflet de la pensée ondoyante de ces deux femmes. Elles sont de fait complices en coulisse.

grosse vache © Anne Ramseyer

En effet, elles ont collaboré d’une part sur plusieurs projets théâtraux (Catherine à la photo, Anne pour la scénographie), ou dans le cadre du Musée d’Histoire naturelle de Neuchâtel où Anne travaillait comme scénographe et graphiste et Catherine a collaboré avec Pepito del Coso sur des vidéos pour l’expo Sable entre autres.

Binôme complémentaire

Amies de longue date – elles se sont brièvement croisé à l’occasion d’une exposition à Neuchâtel, il y plus de 45 ans; Catherine partait à la Dokumenta de Kassel et Anne faisait sa valise en vue d’un séjour à Sienne, histoire d’apprendre un peu d’italien – les créatrices n’ont depuis lors cessé de se coudoyer.

Passion partagée

Sans relâche, elles courent les expos, seules ou de concert. De New York à Venise, les souvenirs affluent:

– Ah, cette expo Nan Goldin à Manhattan, avant qu’elle ne soit super connue, s’exclame Catherine.

– C’était vraiment à New York? Anne hésite

– Mais si, enfin, tu te rappelles pas d’avoir été à New York?

– Hé oui, bien sûr … quand même!

Chacune se remémore des instants marquants:

Catherine: Un truc frappant à Berlin, alors j’y passait six mois grâce à une bourse Landis et Gyr: Sophie Calle, ses «douleurs exquises», où elle travaille le texte et l’image, un bon flash.

Anne: La Biennale de Venise, j’y vais comme en pèlerinage avec une cousine, un rituel qui décoiffe. C’est tout et son contraire, on ressort subjugué, interpellé, énervé, tellement cela déconstruit les aprioris.

petite vache © Anne Ramseyer

Coup de pouce du LABO.B

Anne a «segneulé» (outre-Doubs, on dit bassiné) Catherine pour qu’elles montent leur première exposition en duo au Labo.B, Catherine doutait, ne voulait plus montrer ses clichés. L’enthousiasme d’Anne l’a emporté.
Catherine précise: «J’ai replongé dans mes archives, démarche rétrospective, passé en revue les photos des nombreux spectacles que j’ai suivis objectif en main».

«Il faut souligner le rôle vivifiant du LABO.B, ajoute-t-elle. On a été superbement accueillies. Jérôme Baratelli sait mettre en valeur les artistes, j’adore sa démarche d’ouvrir ses portes aux créations en devenir».

© Catherine Meyer

«J’ai apprécié ce lieu moins contraignant qu’une galerie traditionnelle, abonde Anne. Je n’ai aucune idée préconçue de la valeur d’un dessin, et là je n’ai pas dû mettre d’emblée un prix. Comme c’était ma première expo, je voulais disparaître dans le plancher lors du vernissage»

Après cette réussite, elles ont eu envie de répéter l’exercice. Yves a invité à Grand Cargo Catherine car elle y avait travaillé quelques mois.
Le résultat est concluant, le vernissage a connu «une belle fréquentation», dixit Yves.

Un diptyque et deux souliers

Pour marquer leur collaboration, elles ont imaginé une œuvre en deux volets.

Si Anne donne des titres définis parfois drolatiques à ses dessins (petite vache, autre vache, grosse vache), Catherine est sobre, avec des Polaroids 1, 2 ,3 ou 4 assorti diverses versions de clichés Instax mini ou Wide. Pour une photographe qui dit ne s’intéresser que de loin à la technique, elle explore pourtant toutes les possibilités de films instantanés.

Auto-descriptions

Elles se présentent succinctement sur la page web consacrée à leur expo commune.

voyage voyage © Anne Ramseyer

Catherine Meyer va droit au but: C’est surtout quand mes yeux se ferment qu’ils voient le mieux. En droite ligne de William Shakespeare (ndlr: traduction Victor Hugo).

Anne Ramseyer est plus cryptique: Sur la rétine, comme une petite torpille visuelle. Le dessin: un habillage de ce résidu d’image, lesté par le crayon d’un peu de drame ajouté.

L’hôte, l’écrivain/homme de théâtre/coordinateur Yves Robert décèle dans leur démarche une quête artistique:

Voyageurs, voyageuses immobiles, nous traversons nos existences, locataires d’une planète se déplaçant à une vitesse phénoménale dans le vide. De fait, nous ignorons les grandes lignes et l’empreinte de ce voyage, de tous les voyages, jusqu’à leurs destinations incompréhensibles.

C’est peut-être une des raisons de l’existence de l’art.

Ce moment particulier de création est l’instant où une personne humaine s’arrête et observe, consciente de son immobilité et de la fragilité du regard posé sur ce qui est autre, différent, beau, étonnant ou vivant.

Catherine Meyer et Anne Ramseyer ont réalisé cet acte d’attendre, de voir, puis de restituer les perceptions emmagasinées ou saisies par un appareil photographique ou par les traits nerveux d’un crayon déposés sur le papier. Assises dans le wagon d’un train, attrapant brièvement le défilement des paysages, la vibration statique des gouttes de pluie sur la vitre, le maussade ou la limpidité de l’air, elles dévoilent le singulier et personnel de chacune face à ce décor que l’on nomme le monde.

Signalons que la photo noir-blanc des deux artistes a été concoctée par Yves Robert, qui est un spécimen rarissime de pieuvre culturelle 🐙.

Enfance, influences

Catherine a fixé ses premières images avec un petit appareil que son père avait offert à sa sœur Isabelle. «Je lui ai piqué de fait. J’avais dix ans et c’était pour faire comme mon papa, un fana de diapositives. Je m’en rappelle très bien: c’était à Marin-Epagnier».
Travaille-t-elle le portrait? «Je ne suis pas à l’aise sur les images posées. J’ai l’impression d’être regardée par mon sujet. Je suis une timide au fond. Par contre, sur scène je suis capable d’aller sous le nez des comédien∙nes pour trouver un angle inédit. En soi, je ne me considère pas comme photographe». Lorsque la technique l’emmerde, elle la contourne, «parce que je suis trop impatiente».

© Catherine Meyer

Anne est «née dans la marmite de l’art, j’ai été biberonnée d’images et de sculptures. Cela rend l’exercice de création compliqué. Cela m’a pris du temps de m’extraire du karma familial tout cuit, de créer. De m’abstraire du regard des parents artistes et de leur injonction maladroite tu sais, tu n’es pas obligée de faire de l’art. L’art était partout dans la maison, mes parents échangeaient leurs œuvres avec d’autres copains artistes, je n’avais aucune idée de la valeur marchande d’un œuvre.
Lorsque j’ai cessé de me poser des questions sur ma légitimité, sur la notoriété de mes géniteurs, j’ai commencé à explorer sans contraintes, même si ce n’était pas évident».

Coup d’œil dans leur assiette

Pour terminer l’entretien, ponctué de petits bouchées chocolatées sorties du sac d’Anne, j’ai voulu savoir ce que préfèrent manger les copines.

Sans hésiter Anne sourit: «Les patates». Sous toutes leurs formes, röstis, purée, en passant par le gratin et ses nombreuses déclinaisons.

Ayant eu le temps d’y songer, Catherine avoue son penchant définitif pour «le petit riz M-Budget aux olives noires». En outre, elle aime le saumon «mais pas les tripes».

De nouvelles visites arrivent, je m’éclipse.

Chaussures dames de pointure inconnue

Infos Expo

Du 10 au 28 juin 2026

mercredi – jeudi – vendredi de 16h à 20h

samedi – dimanche de 16h à 19h

 

Atelier GRAND CARGO

Cornes Morel 13
2300 La Chaux-de-Fonds

078 626 76 50 – contact@cargo15.ch

Grand Cargo fleuri