Une boucle de 5800 km entre quatre cités de l’Empire communiste: de Shanghai à Shanghai via Beijing, Xi’an et Chengdu. Dudu en voyage: vingt jours de train et de gastronomie.

Au menu: saveurs chinoises, savoirs chinois, sons chinois et surprises chinoises. En compagnie d’un ado de 15 ans, Zian qui m’a épargné la traduction par écrans interposés. Enrichissantes rencontres, visites de sites historiques et orgies de snacks salés-sucrés pendant les trajets à grande vitesse (345 km/h), la bouffe des trains de la compagnie nationale China Rail battant celle de la SNCF niveau fadeur.

Crabe en nouilles sautées

Une heure en taxi

Aucun doute, la Chine est dépaysante. En quittant l’aéroport international de Pudong-Shanghai, la taille des pylônes frappe d’emblée. Une station d’interconnexion couvre la surface de deux terrains de foot, il faut bien alimenter les 29 millions d’habitants, leurs climatiseurs, leurs voitures et scooters électriques. Et le métro.

Le chauffeur quitte soudain l’autoroute, s’arrête: panne de système d’affichage du tableau de bord, indispensable pour respecter les limitations de vitesse. Il tient à son  permis.
Ça commence mal, perdus sur un carrefour en périphérie. Soucis promptement éliminé. Le conducteur appelle un collègue; le problème est résolu avec pragmatisme.

Etendage à Shanghai en plein quartier français

En approchant l’agglomération, choc visuel face à la taille des tours qui surgissent en rangées disparates: celles de moins de 40 étages semblent riquiqui.

Une tour parmi tant d’autres dans la brume shanghaienne

Pour les distinguer – de prime abord, on dirait que les architectes ont utilisé un modèle de base unique – il faut porter le regard au sommet, surmonté de petits toits de formes différentes d’un ensemble à l’autre. Maigre concession de l’uniformité à la créativité architecturale.

Gigantisme quotidien

L’étonnement durera 20 jours. La tentation est énorme de placer des adjectifs dithyrambiques à chaque phrase, façon Marco Polo. Le pays est immense dans ses dimensions physiques, il l’est surtout par la densité de son histoire, très peu voire jamais enseignée chez nous, à l’exception de quelques clichés en lien avec Lao-Tseu ou Mao.

Carte de notre trajet d’avril 26 (google ne calcule que les trajets à pied en Chine…)

J’ai ressenti l’étendue géographique durant les heures de TGV. De Shanghai à Beijing, la Chine semble plate, paysage rythmé par les villes, annoncées par des armées de gratte-ciel.

Mobilité sur piliers en béton

Les trains de China Rail sont très longs. Les gares ressemblent à des halls d’aéroport. L’accueil est le même: scannage des bagages (j’ai dû abandonner un couteau interdit dès le premier trajet), présentation du passeport faisant office de billet de train. En effet, votre document d’identité est scanné lors de l’achat du billet (qui reste virtuel), seule une quittance éphémère sur papier chimique indique l’horaire de départ et le numéro de votre siège.

Ramassage de bicyclettes publiques (Beijing)

Ces directs circulent sur des voies en majeure partie surélevées et traversent maints tunnels. Fichées sur des pieux profondément enterrés, les piles soutenant les rails sont coulées sur place à l’intérieur de coffrages préfabriqués.

Le ciment chinois représente plus de la moitié de la consommation mondiale. Guère étonnant vu la croissance des villes: le taux d’urbanisation a atteint 66,2% en 2023, contre moins de 20% en 1978. Revers de la médaille: chauffer le calcaire pour fabriquer du ciment libère d’énormes quantités de gaz à effet de serre et le béton a une courte durée de vie. On souhaite bonne chance à China Rail pour l’entretien dans quelques décennies. Cela ne semble pas les inquiéter outre mesure.

Rapide cycle de vie du bâti

En effet, les ingénieurs chinois ne se formalisent guère pour détruire afin de mieux reconstruire. De la sorte, les quartiers érigés entre 2010 et 2025 seront rasés d’ici 40 ou 50 ans comme on rasait sans état d’âme, deux siècles plus tôt, des villes inondées pour les rebâtir plus haut, à l’abri des eaux.

Vente d’œufs de caille dans la rue

Ancré dans les mœurs, le respect des ancêtres ne s’étend pas aux bâtiments: à Shanghai de vieux quartiers entiers d’immeubles à deux étages attendent, inhabités, la démolition, fenêtres et volets clos, pour ériger les tours logeant les migrants venus des campagnes.
On ne s’en aperçoit guère au premier abord, ces blocs d’appartements morts sont un décor de cinéma 😼pour ne pas déplaire aux touristes: fenêtres et volets sont dessinés en trompe l’œil. Parlant de démolitions, rappelons que le vieux Pékin a pris un magistral coup de jeune en béton armé pour faire place aux jeux olympiques de 2008.

Avertissement pour allergiques au pollen

Sans sésame pour la Cité interdite (réservation trop tardive) nous avons entamé une marche dans la verdure de cette fourmillante cité.

Parcs impériaux et déguisements

Outre la Cité interdite et ses nombreux trésors, la capitale héberge plusieurs parcs impériaux très courus. De fait, les personnes âgés de plus de 65 ans ainsi que les vétérans de l’armée professionnelle et leur famille, ont accès gratuit presque partout.
Les deux parcs visités en compagnie de mon jeune ami Zian, furent l’occasion de découvrir combien les coquettes Chinoises aiment se parer de vêtements d’allure historique loués pour l’occasion.

Egophoto soignée

Les mecs se déguisent eux en tenue jaune, couleur autrefois privilège exclusif de l’empereur.

Jeune homme déguisé en empereur

J’ai aussi pu écouter une flopée de chorales profitant de l’ombre de très vieux arbres pour s’exercer et entendre quelques tablées de tapeurs de cartons qui s’engueulent comme partout dans le monde sur le moment opportun de poser telle ou telle carte.

J’aurais dû me lever plus tôt pour apercevoir les adeptes de tai-chi faire leur exercices.

Retour à table

Se promener et grimper force marches pour accéder aux divers temples, places et palais ouvre l’appétit, Zian et moi avons goûté la gastronomie de chaque région visitée. Un restaurant cantonnais spécialité en produits de la mer présentait une variété de viviers jamais aperçue en Europe, d’autant moins en Suisse où la détention d’animaux aquatique vivants a été interdite.

La langouste était bonne

Les serveurs s’étonnaient de me voir dédaigner fourchette et couteau qu’ils s’empressaient de proposer, craignant sans doute que je gesticule mal à propos avec des baguettes au risque de salir les autres convives.

À Xi’an, capitale des pâtes, j’ai appris à manger des nouilles extralarges sans les enrouler à l’italienne, en les aspirant.

Poisson jaune du Yangste mijoté

Évidemment, j’ai taché ma chemise. Pensée émue à Daniel Brélaz qui comme moi parlait en mangeant et nourrissait les chats de sa cravate.

Taxis bon marché et disciplinés

Pour visiter certaines merveilles classées au patrimoine mondial (il y en a une tripotée en Chine), le déplacement en taxi s’impose, tant il est abordable. Monter dans une voiture inconnue est une occasion de comprendre plusieurs choses: il faut se grouiller de boucler sa ceinture, pas question de rouler un mètre sans qu’elle ne soit fermée.
Car sur les grands axes en ville et les autoroutes, des rangées de caméras haut perchées surveillent faits et gestes des passagers: personne ne s’amuse à téléphoner sans mains libres…

La caméra n’est pas cachée

La surveillance des embouteillages a l’avantage de fournir des indications précises sur les écrans de navigations des véhicules et des panneaux de signalisation quant à leur durée et les tronçons touchés.

Enregistrements constants

Je ne chante pas ici les vertus de l’omniprésente vigilance de l’État communiste. Rencontré sur une des rares terrasses de Shanghai servant un express non-starbucks, un grand Black (on en croise très peu en Chine) professeur de pédagogie de Chicago m’a fourni une analyse intéressante: «Que nous soyons en Afrique, à Australie, en Europe ou en Chine, nous sommes filmés, suivis via nos téléphones portables. Simplement, les Chinois le font ouvertement, on sait à quoi s‘en tenir, alors que les Occidentaux prétendent avoir une possibilité d’y échapper. Pourtant la protections de la sphère privée qui est un leurre juridique inventé par les juristes de Google et Cie.» Notons que cette transnationale est interdite au pays du Soleil levant.

Dans un parc à Beijing

Hors normes, le brave homme fumait une chicha à 23h30 sur un trottoir et poursuivait: «J’ai visité ce matin un des derniers centres de serveurs d’Alibaba, l’avenir me paraît sombre en matière de numérisation écrasante».

Hôtel borgne et masques à gaz

Examinons maintenant les us et coutumes de l’hôtellerie de nos jours. À Beijing, l’hôtel choisi par Zian proposait une majorité de chambres borgnes, ornées de chatoyants panneaux lumineux donnant l’impression d’être en face d’un palais impérial …
On y trouvait, comme partout, des masques à gaz à la place des bibles dans les tables de nuit; c’est plus utile me semble-t-il, mais je suis un mécréant.
Tous les établissement hôteliers sont pourvus de buanderies accessibles à la clientèle, parfois situées dans le fitness 😊.

À l’hôtel: pas de porno, de drogue, de jeux de hasard

Car on nettoie un max en Chine, et pas que dans les hôtels. Les rues, les WC publics, etc., l’ensemble des lieux fréquentés (du moins ceux que j’ai pu voir) est nettement plus propre que chez nous.

Nettoyeuse d’escaliers roulants à Fenghuang Ducheng

Commerce et tourisme de masse

Parlant de WC publics: il y en a partout, dans les gares, les stations de métro, les parcs, les rues, les grands centres commerciaux. Pas besoin d’aller consommer dans un café pour pisser. Les TGV sont munis de deux types de WC: accroupis ou sur siège.

Un petit pas en avant, un grand bond pour la civilisation

Dans chaque wagon on trouve des distributeurs d’eau chaude gratis. La tradition est de transbahuter vos sachets/feuilles de thé. Personne ne songe à vous vendre une boisson type infusion. Chacun a sa petite préférence en matière de mélange. Le thé de maman, le thé de ma province, le thé vert, noir, blanc, fermenté ou pas, de plantes ou d’épices.

Pas de tourisme sans passeport

Le consumérisme a de beaux jours devant lui dans les agglomérations: les marques internationales ont pris d’assaut les grands cités; ainsi les enseignes de montres suisses connues sont partout.

Recyclage de montres suisses à Shanghai

En visite dans un lieu touristique, vous faites la queue pour faire scanner votre passeport et payer l’entrée. Le document d’identité est alors enregistrer et valable comme billet d’accès.

Ressortir du parc/musée/attraction est plus long: il faut en général subir tout un parcours commercial incontournable avant de sortir du piège: stand de mets à l’emporter, souvenirs, snacks, restaurants, rien ne manque pour sustenter la foule et calmer la fièvre acheteuse.

À la semaine prochaine pour des surprises culinaires.

Petit transport à Shanghai