Dernière étape du Tour du plomb. Après le mariage catastrophique du plomb et de l’essence, scrutons le positif de ce métal non magnétique: il protège de la radioactivité.

Aperçu: Quel est le poids économique de cette substance? Invention du plomb tétraéthyle. Potentiel des champignons en matière de bioremédiation. Coutumes traditionnelles + un pouvoir méconnu de cette substance: la plombomancie, l’avenir lu dans le plomb fondu. Et des bonus.

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Le plomb brut étant largement répandu et façonné en nombreux alliages, sa valeur fluctue au London Metal Exchange. il connaît des hausses sensible à l’image du cuivre sans le suivre pourtant.
Le graphique indique que de janvier 1990 à mars 2026 dernières années, le prix à la tonne oscille entre 261 en 1993 à plus de 3700 US$/t en octobre 2007.Source: INSEE

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Une sordide idée: plomber l’essence

Après la Première Guerre mondiale, les fabricants de munitions craignaient une forte baisse de leur production, faite de plomb et de poudre. En première ligne, la richissime famille du Pont de Nemours, fabricant de poudre à canon et de munitions.
En 2000, une enquête du Magazine The Nation passée inaperçue ici [1], a fait la lumière sur cette invention ayant rempli les caisses de General Motors (GM), Standard Oil of New Jersey (EXXON aujourd’hui) via leur entreprise commune Ethyl Gazoline Corporation.

Lorsque le 9 décembre 1921, un obscur ingénieur Thomas Midgley, a annoncé à son employeur GM avoir remarqué les vertus anti-cliquetis (il cherchait à lubrifier les soupapes) du PTE ou plomb tétraéthyle, personne ne se doutait de la catastrophe qui se dessinait.
L’additif était complexe à synthétiser (une des première unités de production a explosé. Bilan: 5 morts) mais il suffisant 0,15 à 0,4 gramme par litre d’essence pour que les moteurs tournent rond.

Plus de 60 ans et 7 millions de tonnes plus tard, ce produit a été interdit aux USA (1986). Ainsi, entre 1921 et 1926 «des industriels célèbres comme Alfred Sloan et Charles Kettering (connus grâce à l’hôpital qu’ils ont financé, Memorial Sloan-Kettering Cancer Center), et les puissants frères Pierre et Irénée du Pont, ont augmenté leur substantielles fortunes et ont joué un très sale tour à la planète en ne tenant pas compte du bon sens: on ne peut rien attendre de bon quand on brûle dans un moteur à combustion interne un poison connu depuis longtemps», note l’enquêteur en introduction.

Allonger la durée de vie du moteur

L’idée était de rendre la vie plus facile (slogan d’une publicité pour l’essence au plomb), en allongeant le durée de vie des mécaniques à explosion, augmentant leur compression et partant, leur puissance. La famille du Pont de Nemours, gros actionnaires de GM (35%) vit ses profits augmenter rapidement grâce à son brevet sur le TEL.

Une bière suisse baptisée Sans plomb (Bleifrei)

Récompensé pour sa «découverte», l’ingénieur Thomas Midgley l’a payée cher: il est mort, ses poumons étant encrassés au plomb, toxique dont il connaissait pourtant très bien les effets.

Hypocrisie des pollueurs

Comme pour le tabac, les experts se sont écharpés sur les effets du plomb durant des décennies. Puis une étude du Dr Clair Patterson est parue en 1969, balayant les doutes. Relayée par l’avocat Ralf Nader, connu pour ses combats contre l’industrie automobile, cette étude poussa les dirigeants d’Ethyl Corp à tenter de soudoyer le professeur Patterson afin que ses recherches «donnent des résultats favorables à leur position» pro plomb bien entendu. La bataille durera 17 ans.

[1] L’Histoire secrète du plomb, Jamie Lincoln Kitmann, Ed. Allia, Paris 2005, 155 pages, ISBN 2-84485-187-8

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Dissimulation orchestrée

Mettant en vente ce PTE qu’elles savaient toxique, les grandes sociétés qui le fabriquent espèrent faire oublier leur passé peu glorieux. En effet, elles ont vendu leurs usines fabricant les composants de l’essence plombée.
La plus grande, Associated Company Octel, (devenue Innospec, un changement de nom aide à effacer des souvenir peu reluisants) se trouve en Angleterre entre Liverpool et Manchester. La fabrique a certes connu un incendie terrible (lire en fin d’article Lorsque Octel brûlait), mais elle continue à produire des «additifs pour carburants».
Aujourd’hui, ce plomb tétraéthyle est vendu principalement mélangé à des carburants destinés à l’Afrique.

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Du bon usage de ce non ferreux

Pourtant, le plomb possède des vertus fort utiles. La première est celle de bloquer certaines radiations nocives.

Cet effet protecteur est utilisé en radiologie, tous les patients ayant subi des examens ont vu les soignants revêtir des blouses ou des tabliers de plomb et en ont porté aussi.

Au CERN,le plomb est présent en énorme quantité. Dans les tunnels placés sous la cité de Calvin, Il s’agit de maîtriser tant la radioactivité que les poussières de plomb.
Notre métal est présent à la fois dans les surfaces de protection (bouclier de radioprotection contre les rayons gamma) et dans les nombreux km de câbles qui transportent les pharamineuses quantités d’énergie nécessaire aux aimants supraconducteurs.

Une collision d’ions lourds qui vaut de l’or

Un isotope rare, du plomb Pb208 (l’isotope habituel est numéroté Pb210) est utilisé dans l’expérience ALICE impliquant une collision entre noyaux de plombs. Le Large Hadron Collider accélère et fait entrer en collision des noyaux de plomb pour recréer les conditions prévalant une fraction de seconde après le Big Bang. Cette collision dite «ultrapériphérique» vise à éjecter deux neutrons et trois protons.
Le physicien John Jowett précise à la RTS (9.5.2025): «Cela permet de mieux comprendre les processus de perte de faisceaux dus à ce type de collision ou quasi-collision. Il est très important de faire fonctionner le LHC de façon sûre et contrôlée pour augmenter des collisions nous fournissant plus de données scientifiques et moins de pertes».

Usage essentiel: blinder

Au CERN, des centaines de tonnes de ce métal gris et terne sont utilisées comme blindage des détecteurs de particules. En outre, il constitue l’essentiel des murs de radioprotection contre les rayonnements secondaires.

Dans les hôpitaux et les cabinets de radiologie, murs, portes et vitres sont encore isolées des radiations par du plomb. Mais l’usage des tabliers en plomb est sur le déclin. En effet les doses de rayons X envoyées par la machines ont fortement diminué; désormais les patients exposés peuvent renoncer à ce lourd accessoire. «On peut faire une analogie avec les médicaments. Lorsqu’on est malade, on est d’accord de prendre un traitement qui peut avoir quelques effets secondaires. En revanche, il est inutile de se soumettre à cela si on n’est pas souffrant», poursuit Marta Sans Merce, physicienne médicale aux HUG. Or le tablier n’apporte pas de protection supplémentaire de nos jours.

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Il est essentiel de protéger nos organismes contre les radiation, mais que faire pour décontaminer des sols pollués au plomb, les bords de route saturés de plomb tétraéthyle par exemple?

Champignons mangeurs de plomb?

Un espoir en matière de dépollution est en train de surgir: plusieurs études scientifiques ont relevé la capacité du mycélium a absorber des polluants, principalement des métaux lourds et des déchets radioactifs. Ainsi, après l’explosion de la centrale de Tchernobyl en 1986, l’alerte avait été donnée au Tessin: ne cueillez pas de champignons, ils concentrent la radioactivité.
Ainsi, la dépollution par certains mycéliums sélectionnés permet l’absorption et la transformation des contaminants du sol: résidus de pétrole, cadmium et plomb, entre autres. Le procédé a un nom: mycoremédiation.

En laboratoire, la société française Eiffage note qu’en «25 jours on observe les effets suivants:
– 47% des hydrocarbures lourds et 35% des hydrocarbures aromatiques sont détruits.
– 55% du cadmium et 40% du plomb sont retirés.

La mycoremédiation a plusieurs avantages: elle est infiniment moins énergivore que les techniques traditionnelles; elle permet de réduire significativement le très coûteux enfouissement des terres polluées, tout en favorisant le réemploi sur le site.

Ce phénomène de bioaccumulation n’est pas encore bien maitrisé, les influences extérieures (vent, température, humidité) varient constamment et peuvent ralentir le processus voire tuer le mycélium.

Le mycélium peut fixer du plomb

Le chercheur Philippe Mestrallet affirme que les champignons sont réellement des accumulateurs de métaux lourds. Les groupements acides des parois fongiques fixent les métaux notamment le plomb.

Selon sa thèse présentée en 1996 à l’Université de Grenoble I, le plomb est surtout absorbé par les Gastéromycètes, dont l’agaric champêtre est le représentant le plus connu en Suisse. Ce champignon est capable d’absorber tant le plomb que le mercure et le cadmium.
D’autres espèces souterraines stockent le plomb dans des capsules de polyphosphates, une opération chimique dont les mycorhizes sont capables  (association symbiotique qui échange des nutriments entre champignon et racines des végétaux). Selon Mestrallet, cette symbiose/association joue un rôle de protection contre la pollution par le plomb.

Un suivi est alors  indispensable: s’agissant des champignons visibles, ils doivent être récoltés. Ensuite, on procède à la concentration du plomb afin de l’éliminer ou le stocker en vue d’un réemploi.

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Reste un usage immuable du plomb qu’il serait injuste d’ignorer 😼

Lire l’avenir dans le plomb

Par hasard, à Genève, le reporter a aperçu dans une vitrine Le Grand Livre de la Magie du Plomb [2]. «C’est LA référence en plombomancie», m’assure la libraire, dans sa boutique spécialisée dans l’ésotérisme.

D’après l’introduction historique de l’ouvrage, le plomb, «métal mort» issu des forces chtoniennes, il est un bouclier pour celui le porte et un poisson pour l’ennemi. Une légende grecque veut que le héros Belléphoron a réussi à vaincre la Chimère, monstre cracheur de feu, mi-chèvre, mi-lion en lui enfonçant un bout de plomb dans le gorge. Wikipedia précise: une lance lestée de plomb qui fondit au contact de la gueule enflammée de la bête et lui brûla les entrailles.

Cordon magique

Imperméable aux radiation physiques, il repousse aussi des mauvais rayons occultes. Ainsi, on porte du plomb pour se protéger des maléfices. Un cordon plombé peut suffire: en vente dans toutes les grandes merceries, ce cordon lesté «donne plus d’élégance au drapé des rideaux», assure l’auteur. Dès lors, pour protéger «des maléfices diffus», il conseille, «de porter sous vos vêtements un cordon de ce type noué autour de la taille». Le nœud forme une sorte de «cercle magique» qui éloigne les pensées négatives. Prudent, il avertit aussi ne pas porter du plomb à même la peau. Le cordon étant gainé de tissu, c’est tout bon.

Ce n’est que le début de longues explications, formules cabalistiques et surtout, d’une méthode de désensorcellement par le plomb grâce à un pentacle que vous pouvez fabriquer à la maison. Passons les détails, l’eau bénite, le brûle-parfum, les invocations et le rituel de Salomon.
En fin d’opération, les plombs seront enveloppés dans un chiffon noir et le patient devait, autrefois, le jeter dans une rivière. Aujourd’hui le spécialiste conseille plus prosaïquement de mettre ces résidus chargés de mauvaises vibrations  en déchetterie.

La divination ou lecture des forme que prend le plomb fondu semble plus accessible: vous placez un morceau plat de plomb sous votre oreiller ou votre matelas, après une semaine (ou plus selon les écoles), le devin va fondre le plomb (sur un réchaud de camping, conseille l’expert) et le précipiter dans l’eau pour examiner la forme de la plaque ainsi saisie.

Interpréter les présages à l’aide du plomb demande une vaste expérience et des trésors de patience: 52 types de gouttes sont recensés. Les formes varient et la lecture des présages doit tenir compte de l’orientation des gouttes de plomb selon les points cardinaux, tout comme leur verticalité ou horizontalité. Par exemple, une forme évoquant un avion ou une soucoupe volante est signe d’évasion ou de départ imprévus voire imminent.

[2] Le Grand Livre de la Magie du Plomb, Jean-Luc Caradeau , 2e tirage 2022 Éditions Trajectoires 31750 Escalquens, 155 pages, ISBN 978-2-84197-859-5

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Ultime constat pour clore cette série: il y a en Europe au moins deux pays, l’Allemagne et l’Autriche, où les vertus divinatoires du plomb faisaient partie des us et coutumes.
À la Saint Sylvestre, il est courant de fondre du plomb, une tradition de fin d’année sans grandes conséquences, semblable à celle de prendre des bonnes résolutions.
Sur une bougie, les fêtards font chauffer dans une cuillère des bouts de plomb et jettent ensuite le métal en fusion dans un verre d’eau froide. Il redevient illico solide, en prenant des formes amusantes.
Appelé molybdomancie, cette pratique est aussi réputée prédire l’avenir: Si l’on voit apparaître un cœur dans le verre, voilà un signe indubitable que la personne concernée tombera amoureuse dans l’année.

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Bonus: les alchimistes benêts de Bâle

Le 27 mars 2026, la Basellandschaftliche Zeitung, relate un procès haut en couleur. Les accusés: «un coiffeur autoproclamé des stars, un ancien associé d’une banque privée, un gérant de boîte de nuit ainsi qu’un exploitant d’un service de limousines en faillite. Ce chauffeur de 50 ans a reconnu tous les faits qui lui étaient reprochés (…). De fin 2013 à mars 2014, cet homme fortement endetté (et ses complices, ndlr) avait transporté des kg de lingots d’or contrefaits provenant de Serbie et de Hongrie vers la France, l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse. En mars 2014, il s’est rendu au guichet numismatique de l’UBS pour échanger un lingot de 250 grammes. Il a présenté un certificat authentique attestant d’un achat d’un lingot véritable.»
L’or était en fait du plomb!
«Dès qu’il a pris le lingot en main, l’employé d’UBS a senti que cela clochait: la balance n’indiquait que 143 grammes, Voyant ce total, le chauffeur a pris la fuite. Considérant la densité plus élevée du plomb, le lingot était composé en grande partie de plomb.»

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Histoire: lorsque Octel a brûlé

Un court séjour à Liverpool – mon petit-fils de cœur voulait à tout prix voir le FC local jouer dans son stade d’d’Anfield Road – m’a ouvert les yeux sur une réalité glauque.

L’énorme complexe chimique d’Ellesmere Port, site historique de la chimie du plomb au Royaume-Uni, abrite une célèbre usine de plomb tétraéthyle, TEL (de l’anglais TetraEthyl Lead) et d’autres usines de production de TEL. L’usine d’Ellesmere Port était essentielle pour le marché britannique, produisant des additifs pour carburant.

Détruite par un grand incendie en 1994, elle a été reconstruite plus belle qu’avant, vu son rôle-clé pour la pétrochimie des carburants.

The Guardian a relevé le 30 juin 2010 que deux dirigeants de cette entreprise ont été épinglé par la justice britannique pour avoir corrompu des officiels irakiens et indonésiens leur donnant plusieurs millions de dollars pour qu’ils continuent à mettre du plomb tétraéthyle dans leur essence.

En Irak, des pots-de-vin ont été versés en 2007 pour saboter les essais du MMT, un additif de substitution sans plomb. En Indonésie, des sommes considérables ont été investies dans une campagne de «défense du plomb» afin de soudoyer des responsables politiques. L’élimination progressive du TEL a ainsi été reportée de cinq ans. Un cadre d’Octel a admis: «Comme vous le savez, l’Indonésie prévoyait de passer à l’essence sans plomb en 2000… cela ne s’est manifestement pas produit pour diverses raisons et, depuis le 1er janvier 2000 jusqu’à aujourd’hui, nous avons fourni 28 390 tonnes de TEL… générant 277 millions de dollars de recettes.»

Parlant d’un chapitre profondément regrettable de notre histoire, Octel a payé une amende de 40 millions de $, montant peu élevé au vu des bénéfices.

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Anodes de plomb et galvanoplastie

Pour déposer par exemple une couche de chrome sur de l’acier, une des techniques les plus répandues en Suisse est la galvanoplastie; d’aucuns parlent d’électroplacage. Les horlogers en raffolent, les amateurs de jantes chromées aussi, tout comme les fabricants de robinetterie. Indispensable au processus de chromage, le plomb se trouve dans la ou les anodes. Cela dépend de la taille de la cuve et celle des objets – à l’évidence, chromer des pare-chocs prend plus de place que des boucles d’un bracelet de montre – à recouvrir d’une couche de décoration, de protection ou de renforcement (résistance à l’usure par ex.).

Usine de galvano Alunni à Renens (VD)

Émanations à éviter absolument

L’anode à base de plomb est plongée dans un bain de chrome. Même si la galvanoplastie offre une liste impressionnante d’avantages, ses limites résident dans la complexité et la nature dangereuse du procédé. Les ouvriers effectuant du chromage peuvent souffrir d’une exposition au chrome hexavalent Cr6+.un produit hyper-oxydant, génotoxique et cancérigène.
En parallèle, on retrouve ici notre suspect, le plomb: lors du chromage, l’anode s’use lentement et peut dégager des fumées de plomb. Car l’anode au repos est attaquée par l’acide chromique du bain et forme du chromate de plomb, dont les émanations gazeuses attaquent bronches et poumons.

Photo: usine Alunni/Renens spécialisée dans le chromage. On y utilise des anodes de 9m de longueur

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Déchets livrés par des garages

Recyclage des batteries d’auto: silence radio

Admettons que pour les médias, la tentation est forte de peindre le plomb sur la muraille, de l diaboliser a priori. J’ai tenté d’éviter ce piège en rédigeant ce dossier. Pourtant, tout au long des l’enquête, j’ai été confronté à la peur diffuse de parler à un journaliste. Cette crainte semble désormais si répandue que les personnes interrogées qui travaillent en relation avec le plomb refusent de communiquer.

Bac de stockage chez un recycleur de batteries

L’industrie du désossage des batterie de voitures est l’exemple le plus parlant presque une caricature. Les sociétés actives dans ce domaine contactées à savoir, Batrec, Librec, Altola, Sogetri, Inobat et Thommen, vantent sur leur site internet leur contribution à la bonne santé de l’environnement, leur savoir-faire, la sécurité de leurs opérations, la bonne qualité et l’utilité des produits récupérés. Pour la transparence, vous êtes priés de repasser: à l’exception de Batrec, aucune n’a accepté que l’enquêteur visite leur entreprise, prétendant que leurs concurrents étaient mieux à même de m’intéresser. J’ai été renvoyé d’un maison à l’autre. En boucle: Batec (Wimmis) dit qu’Altola (Olten) est la bonne adresse. Choux blanc: Olten me renvoie à Wimmis … Thommen décline poliment, Librec aussi, Sogetri n’a jamais répondu, Veolia (plus grand recycleur de plomb pour la France et sans doute en Europe), maison-mère de Batrec, encore moins.

La tactique est éprouvée: on use le journaliste en le faisant tourner en rond. Enquêtez qu’ils disaient, il en sortira toujours quelque chose. Un constat:
comme le silence est d’or, l’omerta fleurit.

Gros accumulateur avant recyclage

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Typo: nostalgie du plomb

Un brin nostalgique, je reviens quelques décennies en arrière, à l’époque des journaux composés chaque jour à l’aide de plomb fondu.Un ami de mon paternel, un temps apprenti compositeur, Jean-Pierre Bregnard, se souvient d’avoir dû dans les année 60, vider la composition de romans entier (des lignes et des pages entière de plomb). «Dans ces caves, on respirait de la poussière de plomb toute la journée». Il a été fort angoissé après son apprentissage, il se demande s’il ne souffre de saturnisme après avoir manier cette matière sans protection.

Les anciens linotypistes le savent bien, eux qui étaient censés porter un masque pour taper sur le clavier de leurs grosses machines.

Les textes rédigées étaient retranscrits sur ces géants maniant le plomb fondu. Plus 150’000 de ces machines ont  mises en service dans le monde entier.

Une Linotype fabriquait les lignes de plomb pour l’impression des journaux

Il est rare qu’on trouve des photos de linotypistes portant une masque. Pour faire vivant sans doute. À l’époque, des tonnes de plomb dormaient dans les caves des imprimeries.

Un ami de mon paternel, un temps apprenti compositeur, Jean-Pierre Bregnard, se souvient d’avoir dû dans les année 60, vider la composition de romans entier (des lignes et des pages entière de plomb). «Dans ces caves, on respirait de la poussière de plomb toute la journée». Il a été fort angoissé après son apprentissage, il se demande s’il ne souffre de saturnisme après avoir manier cette matière sans protection.

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Soutien et remerciements

Cette enquête a été réalisée avec le soutien de JournaFONDS. Pour en savoir plus: JournaFonds.ch.

L’auteur tient à remercier MM. J.-B. Billeter, ingénieur Noé 21, G. Vuille, chimiste, F. Gretillat, bibliothécaire et S. Grandjean, géologue Géomin.

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P.S. L’auteur assure n’avoir jamais utilisé l’IA dans le cadre de son enquête. Les statistiques fournies par l’intermédiaire de ces logiciels en ligne ont été vérifiées auprès des sources indiquées.