Chez Ador, la gérante Kenia, femme de caractère, manie pipettes, balances et microscope. Elle évalue les trésors que vous vendez car le cours du précieux métal flambe. Portrait.
Pour entrer dans la boutique, il faut patienter un brin, sécurité oblige. Après quelques instants, Kenia apparaît, souriante . Elle accueille dans sa boutique rue Neuve, petit cocon vert coquet. De l’extérieur difficile de deviner à quoi ressemble l’intérieur du commerce d’or Ador. Discrétion oblige, il n’y a que des panneaux de pub collés sur les vitrines. Kenia y vend et achète bijoux, bracelets et colliers en or ou pierres précieuses.
Heureusement, l’endroit est bien éclairé, je craignais d’arriver dans une antre sombre.
Rencontre au 421
Lorsqu’il n’y a pas foule de clients, Kenia tue le temps au café attenant, le fameux Café du Marché. Lorsqu’elle ne discute pas, cette élégante roule les dés. La table à gauche de l’entrée accueille en effet joueuses et joueurs de 421 chaque jour où le soleil se lève.

Sociable, Kenia affectionne la palabre avec les habitué∙es du bar, à la table ronde située devant le comptoir. Comme l’achat d’or n’est pas une activité aussi prenante que vendre des croissants dans une boulangerie, Kenia a un cercle d’amis au Café du Marché.
Son rire retentissant jaillit de temps à autre et surprend les client∙es de passage alors que les tapeurs de carton assidus ne bronchent pas: c’est Kenia, ils la connaissent.
Habile gestionnaire
Cela ne l’empêche pas d’être une femme d’affaires avisée: elle dirige à distance son petit business (que l’on devine florissant) en République dominicaine d’où est arrivée il y a une vingtaine d’années.
Pendant quelques temps, elle a œuvré dans un bar montant désormais fermé de la rue Fritz-Courvoisier. Puis elle a changé de crémerie, changé de tenue et mis le turbo: elle gère la maison mère à Fribourg et la boutique de La Chaux-de-Fonds. Sans oublier ses projets sur son île natale, Santo Domingo.
Au boulot illico
Dès que la sonnette de la boutique retentit, Kenia quitte sa table au café et va sans tarder ouvrir la porte de sa caverne d’Ali Baba. On y trouve en effet d’autres objets précieux que des bagues et des colliers: des pendules neuchâteloises, des statuettes en ivoire, une vieille épée, des maquettes de voitures et quelques bouteilles de whisky et de champagne de grande classe.
La cliente ouvre son sac et Kenia chausse ses lunettes qu’elle commence par nettoyer consciencieusement. On est pro ou on ne l’est pas.

Expertise soignée
Placée devant un tas plus ou moins étoffé de bibelots supposément en or massif, Kenia commence par chercher la présence d’un poinçon indiquant le titrage ou teneur en or du bijoux. La pureté de l’or travaillé est signalée soit par des chiffres (comme 750 pour 18 carats) ou des symboles, par exemple une tête d’aigle signifie également 18 carats.
En cas de doute (et c’est souvent le cas), elle sort deux petites fioles, une pipette et place une gouttelette sur l’objet doré pour détecter s’il s’agit juste d’un simple imitation ou d’or à fondre.
Ensuite, on passe à la pesée des pièces de joaillerie que Kenia accepte d’acquérir. À ce moment là, la cliente se tend, le suspense palpable.
Mémé repart avec un gros billet
Lors de mon passage dans cette antre du négoce étincelant, une dame voûtée est entrée avec une pochette remplie de bibelots brillants. Persuadée que cela ne valait rien «ou presque» explique-t-elle en haussant les épaules. Hé bien, elle se trompait la nonna italienne! Tout bien évalué et calculé (Kenia est précise), la dame est ressortie heureuse avec un superbe billet de 1000 francs, son sourire parlait pour elle.
Déboire de l’idiote escroqueuse
Très pressée, la cliente suivante voulait illico de l’argent comptant pour une montre «garanti or», sans attendre le test complet de sa marchandise.
«Je sais que c’est du vrai or, j’ai passé à la banque, On me l’a dit, mais je devais ouvrir un compte et il me faut de l’argent maintenant». Peine perdue, Kenia n’est pas dupe, elle renvoie gentiment quoique fermement l’escroqueuse au petit pied à la porte. Celle-ci peste, la traite de mauvaise commerçante. Cela n’émeut guère la gérante avisée.
Cadeau pas si beau qu’espéré
Sachez que tous les orfèvres ne mettent pas de l’or pur dans les colliers et bagues estampillées «en or», loin s’en faut, particulièrement dans la péninsule italienne et en Inde lointaine. La concurrence est rude dans ce business.
Témoin cette anecdote, d’un ami syrien habitant Damas dont l’oncle tenait boutique dans le quartier des néociants en or.
Pour se distinguer des autres commerces, il avait apposé sur sa devanture un panneau avec la mention Or 25 carats. En grosse lettres dorées bien entendu.
Le truc marchait sur une certaine catégorie de touristes benêts (c’est presque un pléonasme).

En conclusions, souhaitons de belles victoires au 421 à Kenia. Si vous allez la défier aux dés, faites gaffe: elle est redoutable!
Précision: les photos datent de février 2026, Kenia change souvent de coiffure et de tenues.
Boutique Ador
Rue Neuve 10
2300 La Chaux-de-Fonds
+41 32 968 06 95
Horaires
Lundi: 10h–12h
Du mardi au vendredi : 10h–12h | 14h-18h





