Samedi 19.9, la bande des quatre repreneuses de cette belle librairie va marquer dignement cet anni. Tour des librairies d’antan et aperçu du premier livre d’Elodie Olson-Coons.
À ne pas rater donc, samedi 19 septembre de 9h à 20h. Alizé Treyvaud, Agathe Baumont, Elodie Olson-Coons et Pascale Hess seront à pied d’œuvre, prêtes à remplir des verres et leur caisse sans doute aussi.
Rappelons que ce quatuor a repris l’enseigne janvier 2025, des mains de Chantal Nicolet Schori. Elle était la dernière des quatre associées d’origine, qui ont inauguré la librairie en février 1996.

Les quatre nouvelles se présentaient sur une page Wemakeit ainsi:
Alizé est entrée en tant qu’apprentie il y 14 ans à La Méridienne et y est désormais l’une des plus anciennes libraires. Agathe travaille depuis 9 ans à la librairie et s’y trouve comme un poisson dans l’eau. Elodie est arrivée dans l’équipe il y a 3 ans depuis le monde de l’édition. Elle écrit aussi, en anglais et en français. Pascale a géré des bibliothèques pendant près de 15 ans et a créé une maison d’édition. Son intérêt pour le monde du livre en général la motive à s’investir dans ce projet de reprise et de continuité.

Grâce à ce financement participatif, elles ont récolté 55’330 francs soit 20% de plus qu’espéré. Ainsi la refonte complète du mobilier et de l’aménagement intérieur a été assurée.
Confiance en l’indépendance
Fondée officiellement en décembre 1995, la Méridienne possédait dès son ouverture deux mois plus tard, une antique méridienne (lit de repos à deux chevets de hauteur inégale où l’on faisait la sieste dit Le Grand Robert, frère du Petit). Les nouvelles associées l’ont revisitée, comme tout le reste de l’aménagement, devenu plus clair, lisible disent les aménagistes aujourd’hui.

Retour au siècle passé
À l’origine de l’idée, Aline Calame visait un autre endroit, la «baignoire» au milieu de l’avenue Léopold-Robert, muée un temps en friterie. Elle s’est approchée de Chantal Nicolet Schori, qui s’est avéré être la plus fidèle qui a su garder la tête haute face à toutes les tempêtes réelles, virtuelles ou personnelles.

Elles s’approchent ensuite de feue Anne Grau qui a tenu la librairie La Plume puis une librairie «en chambre» à son domicile (c’était avant internet…). Puis trouvent en feue Marinette Pipoz une quatrième comparse comme s’il s’agissait de jouer au jass ♠️.

Lancement sous la neige
Au téléphone, Chantal raconte les premiers pas de l’aventure: «Nous avions trouvé le local, il fallait aménager cette ancienne banque (le Crédit Foncier). Pour réunir des fonds, nous avions décidé de vendre des bons pour des livres à valoir dès l’ouverture de la Méridienne. Il neigeait, c’était un 13 décembre, jour de mes 30 ans, je m’en souviens comme si c’était hier!».
La scrupuleuse libraire rappelle en outre que la cave servait de bureau pour la comptabilité qui fut tenue un temps par Bernadette Scheidegger puis, dans l’ultime période, par Marina Pellegrini. «Une aide bienvenue et indispensable lorsque j’étais seule aux commandes», souligne mon interlocutrice.
Sachez que la cave contient toujours un énorme coffre-fort de banque sécurisé.
De l’équilibre instable en vitrine
Clin d’œil à son compagnon, elle précise que, chargé de la décoration de la vitrine principale, Francis Schori a contribué à faire apprécier la Méridienne dans toute la Suisse romande. En effet, ses installations «placées sous le signe de l’équilibre instable» était photographiées par les représentants des éditeurs qui venaient là placer leur livres. L’instabilité se traduisait surtout par la difficulté à aller pêcher un ouvrage exposé «il fallait l’avoir en rayon, se remémore Chantal, car on risquait de tout devoir remonter» 😉.

Née de la volonté de quatre amoureuses des livres pour petits ou grands, de maintenir une tradition locale, cette librairie indépendante perpétue une longue lignée de libraires indépendantes de La Tchaux.
Un riche passé
De Courvoisier à Wille en passant par Luthy, ABC, Reymond, Ulrich et la Joie de lire, les librairies ont fleuri le long du Pod et au centre-ville. En fouillant les archives de l’Impartial, on apprend ainsi que la librairie Luthy, fondée en 1893 et fermée en 1970, louait des livres à ceux qui n’avaient pas les moyens d’en acquérir. Un système d’abonnement annuel pour 15.- francs permettait il y a un siècle, de lire plusieurs «revues illustrées» à choix parmi 39 titres. Ensuite, cette maison vendait ces revues lues et relues 30 centimes le kg! Située Léopold-Robert 48, la maison Luthy diffusait aussi Le Traducteur, journal bilingue français allemand, pour «maintenir ses connaissance».

Dans son livre Une chronique insolite de La Chaux-de-Fonds, Charles Thomman relève que La Librairie du Peuple vendait des publications «émanant de milieux socialistes, syndicaux et coopérateurs». Acculée à la faillite, elle est ensuite exploitée sous la raison sociale de Librairie coopérative. On y trouve maintenant un tatoueur. Vestiges: une statue et un bas-relief en façade.

Ouverte en 1969, la librairie ABC, Jaquet-Droz 29, vendait les billets pour le théâtre ABC. Un article signale que le célèbre premier secrétaire de l’Internationale communiste, le pasteur antimilitariste Chaux-de-Fonnier Jules Humbert-Droz a signé là le tome 1 de son autobiographie «Mon évolution du tolstoïsme au communisme». 440 pages d’histoire trapue de 1891 à 1921! La RTS l’a interviewé lors de cette séance de dédicace (à partir de la 11e minute)

Nostalgie technique: cette officine se vantait de faire ses commandes par télex «plus rapide».
Nombreuses librairies originales
À proximité de l’ABC, la librairie Wille (Léopold-Robert 33) réunissait dans les années 1958-1963 la fine fleur de la contestation de gauche notamment des militants de la Nouvelle Gauche neuchâteloise. Son tenancier Jean Pierre Wille rêvait d’en faire une sorte de café littéraire. Il a vendu le bien hérité de son père Henri à Reymond en 1973
La librairie Courvoisier, émanation de l’imprimerie du même nom, était située au coin de la même rue que la Méridienne, là où trône désormais un magasin de vin. Quant à la librairie-papeterie Ulrich Léopold-Robert 16, elle faisait sa «propagande» sous forme de charade: Mon premier est l’avenue où se trouve la libraire Ulrich.
Enfin la librairie Reymond, sise à côté de la tour du Casino au même endroit que Wille (on y trouve désormais une agence de travail temporaire) a fait faillite après ses jours de gloire. Seule Payot, chaîne implantée partout en Suisse romande, tient encore le coup sur le Pod.
Revenons au XXIe siècle. Et aux vernissages prévus samedi.
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Du Doubs et de la rupture
Le premier livre d’Elodie Olson-Coons intitulé Les rivières n’existent pas sera présenté samedi prochain dans le cadre des 30 ans de la Méridienne. Oui, c’est bien une des associées de la bande des quatre nouvelles. Dédicace dès 11h.30.
La semaine dernière, je passais en vitesse à la Méridienne chercher un bouquin commandé. Ni une ni deux, Elodie dégaine son dernier-né et me demande avec un sourire éclatant si je pourrais en parler dans 1000METRES.CH. J’hésite, cherchant à me défiler: «C’est écrit petit». Las, le vieux journaleux est un tendre, passionné des nouveautés, je craque devant son charmant minois et la perspective d’une découverte. Je promets de me farcir sa prose.
L’hésitation n’était pas de mise: je dévore ces rivières inexistantes d’une traite.
Incertitudes et langueurs
Emmaillée de mots savants, l’écriture est vive. On passe de l’hydrogéologie aux reflets de l’âme amoureuse déçue. Sans transition ou presque.
Incertitude et patience se retrouve le long du Doubs, rivière-fétiche et fil conducteur du récit de l’autrice. Un Doubs opaque, gris, dans lequel la narratrice se baigne avec frisson et délice. Un Doubs qui hésite entre les combes jurassienne et les gouffres karstiques, pertes et résurgences.
Tel un flotteur qui surnage
L’eau en général coule partout autour d’Elodie Olson-Coons. Elle a en effet terminé ce premier opus à Belgrade, sur les rives du Danube, où la rivière Save rejoint le grand fleuve. Dans la capitale serbe, elle d’ailleurs participé à un projet européen concernant quatre fleuves européens.

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Un bain glacial dans le cours d’eau qui marque la frontière remet en place les neurones chahutés de la narratrice (car oui, c’est écrit en Je). Telle une ondine des légendes, elle se fond dans le fluide hivernal.
Rebondissant comme un flotteur, la nageuse conte les habitants proche du Doubs, celles et ceux qui en vivent. Elle fait allusion aux fabriques de verre, aux pollutions diverses, tandis qu’en parallèle, sentimentalement, une longue période de bonheur s’efface.
Articulée en trois volets, cette chronique autobiographique est pénétrée de géographie et de spéléo-géologie. On ressort de la lecture en sachant tout (ou presque) du Doubs, ses grottes et son étymologie douteuse.
Alternance rivière/rupture
À noter un procédé littéraire remarquable et inédit à ma connaissance: munie de son écran et d’un logiciel US fort connu, la narratrice survole en rase -motte le parcours transfrontalier de l’affluent de la Saône et du Rhône. Une excursion virtuelle bien enlevée.

Au passage, j’apprends incidemment le nom d’un cocktail, le Milano-Torino, où le Campari lombard pointu se marie avec la douceur du vermouth piémontais. Cette boisson en deux temps fait écho à la construction en alternance rivière/rupture. En effet les chapitres consacrée à aux éléments liquides sont ponctués du descriptif de la lente érosion de l’attirance pour un homme adulé. Des passages parfois cafardeux, marqués du sceau du regret.
Recette pour survivre
Découvrant les multiples talents de cette autrice, je l’ai l’interrogée au comptoir de la librairie. Elodie explique qu’il s’agit d’un «texte spontané», écrit peu après sa rupture. Les visites au bord du Doubs semblent ici une forme de ressourcement. Pour passer du mariage à la solitude, du duo au solo.
Recette pour survivre, le choc de l’eau dans laquelle elle plonge lui fournit une paix intérieure et finit par donner un sens à l’indépendance . Les flots guident ainsi la quête de soi de cette vouivre moderne équipée d’un GPS (sinon il lui arrive de se perdre…).
Plongée en archives
Surprise: le texte est truffé de signes peu compréhensibles au premier abord: en effet toutes les citations textuelle ou audio ainsi que les descriptions de vieux clichés sont munies, façon catalogue, des cotes de la Bibliothèque de la Ville où Sandrine Perret Zaslawsky a piloté l’autrice pour mettre la main sur écrits et cartes postales.
On quitte cette poursuite du bonheur agréable à lire, l’esprit englué de Doubs, en se remémorant ces mots de la narratrice: rien sur cette terre n’est fixe.
Un texte prenant. Bravo.
Aux éditions La petite chaise
Le second vernissage présente un livre jeunesse édité par une des associées Pascale Hess. Imaginé par Anaïs Krebs, Graoum sera dédicacé à partir de 16h. C’est son second ouvrage.
Que la fête soit belle!
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La Méridienne
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