Un troc, sa clientèle et ses magiciennes

Depuis 1975, Troc-Store ne cesse d’attirer les Chauxois∙es. Qu’il s’agisse de skis, de bottes, de jeans, de bonnets, on y trouve presque tout. Anecdotes et portraits des fées.
Vous cherchez un chemisier, des pantalons ou une écharpe? Quelle taille? Si le choix des couleurs n’est certes pas infini, vous trouverez de quoi vous satisfaire, la marchandise exposée déborde des rayons.

Ce magasin de seconde main a changé plusieurs fois d’emplacement.
Du Pod à Fritz Courvoisier
Le seconde main de La Tchaux a ouvert ses portes en 1973, une première en ville. Sans doute parmi les pionniers en Suisse romande. Modestement installé, il fut hébergé deux ans durant, dans une pièce au premier étage des locaux de l’Institut de beauté Rosemarlene.
Désirant s’agrandir, le troc a déménagé rue du Parc, dans un vieil appart. Vu son succès, la boutique s’est enfin installée dans un vrai magasin, rue Fritz-Courvoisier 7.
Skis pour les enfants
La fondatrice souhaitant demeurer anonyme, Françoise Droz, longtemps magicienne en chef, se remémore: «Au début, on proposait que des vêtements dame et enfant. L’idée a vite surgi de proposer des skis et divers équipements de neige.

C’était à la belle époque des camps de skis. En plus des tenues de neige, les gosses pouvaient s’équiper complétement en deuxième main; une opportunité cool pour les familles nombreuses ou peu fortunées.»
Fifty-fifty, gagnant-gagnant
Précisons que rien ne destinait Françoise, puéricultrice arrivée de Besançon en 1976, pile il y a 50 ans, à vendre des habits.
Retraitée active, elle se souvient de son plaisir à conseiller les gens: «Au début, pour les skis, un moniteur venait les régler, on a ainsi appris sur le tas. Ensuite, on s’est diversifié, trottinettes, landaus, bref, tout le matériel bébé – les sièges pour enfants dans les voitures font fureur.»

«Les premiers temps, on faisait le suivi à la main, une fiche par client et un cahier pour les habits. Maintenant avec l’informatique, les clients sont répertoriés et chaque habit est munis d’un n°. Le principe reste le même: 50% retourne au client, 50% reste à Troc-Store.»

Côté social
Pleine d’empathie, Françoise remarquait si une personne apportant des habits allait mal, étaient tristes. Histoire de créer un climat de confiance, elle leur proposait parfois d’aller partager un café.
Dame Droz a remis son magasin en 2012 à deux associées, Manon Bäertschi et Fabienne Siegfried. Elles m’ont demandé de présenter leurs deux collaboratrices de longue date, Jo et Alexia (voir plus bas).
Mais alors, les prix?
«Pour la grande majorité des articles mis en dépôt, les prix de vente sont fixés selon notre expérience», précise Alexia. Le site troc-store.ch indique à la rubrique règlement, «nous sommes toujours ouvertes à la discussion pour fixer le prix approprié sur les articles spéciaux!»
En effet, pas évident de déterminer la qualité d’un cuir ou si un vêtement d’une marque peu connue vaut un saladier ou si celle qui dépose propose un prix surfait.
Esprit de partage
Avec son capharnaüm de brocante, Troc-Store séduit petit∙es et grand∙es, sauf les phobiques des habits usagés, sans doute habités par l’âme maléfique du précédent propriétaire.

Des croyances circulent à propos des souliers d’autrui. On deviendrait malade, les pieds se déformeraient, etc.; bref, des craintes infondés, à moins de souffrir d’une maladie osseuse.
Imaginez plutôt la vie d’un vêtement: où et à quelle occasion a-t-il été porté, qui l’a choisi dans sa première vie?
Surprise place du Marché
Parfois l’acquéreur rencontre par hasard sur la personne ayant confié une partie de sa garde-robe au Troc Store.

Il y a deux ans, j’ai acquis un magnifique manteau d’hiver noir avec col en fourrure. Idéal par grand froid.
Un samedi au marché, une petite dame bien fringuée se précipite sur moi, plonge son nez dans le col et s’écrie: «C’est celui de mon mari, je reconnais le parfum de mon armoire!» De fait, elle avait déposé chez Troc Store des effets de son époux. Émue, elle m’a invité à partager un café et m’a raconté sa vie.
Ce gaillard avait la même pointure que moi, je porte désormais des mocassins bleus Prada que je n’aurais jamais pu me payer neufs.
Comme quoi on trouve de la marque rue Fritz-Courvoisier!
Fouiller en pleine conscience …
Pour troquer malin, quelques combines: bien choisir implique de créer une liste. Comme pour vos courses, définissez ce dont vous avez besoin, la perle rare dont vous rêvez, ce que vous souhaitez offrir au petit neveu.

Vous brûlez de porter un nouveau blazer, un jean ou un pull tout doux? La liste vous oriente et évite de faire trois fois le tour du magasin.
Sur place, prévoyez assez de temps, ce n’est pas l’endroit pour des petites acquisitions compulsives. Bref, sans speeder, sondez les rayons et tâtez la marchandise. Il s’agit de sentir si une matière plaît. Geste impossible sur un écran 😊.

Les personnes poussant la porte rue Fritz Courvoisier 7, pourront ainsi presque à coup sûr dénicher les nippes et satisfaire l’envie du moment.
… et avec bonne conscience
Si le prix affiché est trop élevé, l’article reste en rayon. Il finit, après un délai de deux mois, par être soldé. Il y a donc de bonnes affaires à saisir.
Côté écologie, Troc Store mérite son label chaussure rouge: les habits ne trouvant pas preneurs sont soit recyclés par des pro, Tell-Tex ou TexAid, soit remis à des privés. Souvent des expatrié·es qui les envoient chez eux ou les amènent au pays.
Trier, étiqueter, négocier
Le lundi, lorsque la boutique est fermé, les gentilles sorcières troqueuses préparent la marchandise. D’abord, elles examinent si les vêtements ne sont pas tâchés ou troués. Ce contrôle est souvent effectué devant les clients, or parfois le temps manque. Car le troc déborde souvent de sacs remplis à ras bord.
Habits d‘été pris AVANT l’été
En début de saison, en septembre par exemple, les cornets à trier sont très nombreux. Sachez que le troc ne prend pas d’habits d’été en été, mais avant les chaleurs estivales; il en va de même pour ceux d’hiver.

Si les clients souhaitent ne rien reprendre, les hardes rejetées seront recyclées. J’ai en ai entendu une lancer d’un air dédaigneux: «Vous n’avez qu’à donner ça aux pauvres».
Françoise tempère: «Vis-à-vis de la ”petite population”, beaucoup de clients sont contents de se sentir utiles, de voir que ça part chez quelqu’un et l’habille».
En finir avec la fast-fashion
Désormais le troc refuse certaines marques, tant la qualité des produits est misérable. Reflet de la consommation effrénée… «Effarée» par les piles d’habits de fast fashion achetés sur internet, Alexia, vendeuse aguerrie, estime que «les gens n’ont pas encore compris l’éthique du vêtement». Elle souhaiterait moins de consommation extrême.

Fées originales: Jo et Alexia
Un brin bohème, la grande Jo est une sorte de vendeuse extralucide: elle détecte quasi à coup sûr votre tour de cou ou votre taille. Elle déniche juste le pantalon qui vous va ou la veste que vous pourrez enfiler sans vous contorsionner. Dès lors, si elle vous signale que c’est trop petit, pas besoin de se contorsionner en cabine d’essayage.

Jo a aussi un côté ambulante, ascendant colporteuse: par exemple, elle amène au café d’à-côté une fripe aux clients qui n’aiment pas aller chercher dans les piles du troc, un jeans, une veste ou un t-shirt qui va comme un gant. La petite Jo devait aimer habiller ses poupées…
Si vous lui avez signalé votre date de naissance, elle n’oublie pas votre anniversaire. C’est son aspect grand-maman qui veille à tout.
Une petite tribu de sportifs
Parlant de grand-mère, elle est à la tête d’un sympathique clan de petits-enfants, trois filles et trois garçons qu’elle trimballe de piscine en piscine des Arêtes aux Mélèzes, à moins qu’elle ne pagaye avec eux en canoë sur le Doubs.

N’allez pas croire que sa spécialité soient les caleçons de bain! Jo adore le ski, elle sait régler les fixations et conseiller sur les chaussures qui conviennent.
Pour choisir des lattes, descendons à la cave: skis de fond ou de piste, luges, etc. On trouve aussi des snowboards.
Tout pour la neige
Là, Alexia entre en jeu: elle a été engagée dans un premier temps par Françoise comme conseillère snow, parce qu’elle dévalait assidument les pentes sur sa planche. Chauxoise d’adoption, Alexia travaille depuis 21 ans au troc, On la trouve aussi au Vostok le mercredi matin. Elle apprécie surtout le contact avec la clientèle et découvrir des habits qu’on ne voit pas ici, «des trucs bizarres qui viennent de Pétaouchnock».

Catalogue sur internet
«On voit de tout: celles ou ceux qui cherchent la pièce rare, de la marque, qui ont besoin d’un habit précis ou qui n’achètent rien et viennent juste se balader entre les rayons.»

Si ce troc ne gère pas de boutique en ligne, Alexia est chargé de «nourrir» Instagram. Cela permet de se faire un idée de l’ampleur de l’offre et de téléphoner pour réserver avant de passer acheter un article.
Une tirelire pour voyager
Attention, vous avez deux ans pour retirer les sous d’une vente. Sinon, l’argent va dans la cagnotte des laborieuses lutines du troc qui se paient ainsi de petits voyages. Certains laissent aussi la monnaie dans une mappemonde percée d’un trou.
Heureusement, les gens sont oublieux (et généreux aussi): une équipe de Troc-Store s’est ainsi envolée pour le Brésil. La cagnotte a financé le séjour. De la sorte, tous les deux ans, les magiciennes partent se changer les idées.

Françoise précise: «Pour le premier voyage à New-York, il manquait 60 francs, quand on a annoncé oralement qu’on allait partir, un client a fait l’appoint, d’autres ont proposé de tenir le troc en notre absence. C’est dire si les lien sont forts.»
Fou-rires et vol
Un jour, un monsieur entré avec cinq enfants. «Des gens du voyage que j’avais déjà vus, ils venaient d’habitude avec leur mère», explique Françoise, qui adore raconter des histoires. «Je discute avec le père qui m’apprend que sa femme est décédée. Pendant ce temps, les gosses se déshabillent et se rhabillent en multipliant les couches. De fil en aiguille, j’informe le père que le troc perd de l’argent sur chaque vêtement subtilisé».
Ayant compris, le gaillard siffle ses gosses et leur dit d’enlever les habits dérobés. La plus petite pleure à chaudes larmes. Le papa s’excuse: «Elle doit s’entraîner et c’est la première fois. Elle est déçue de n’avoir pas réussi». Compatissant, Françoise lui laisse un petit pull. Et le père d’acheter une veste à 190 frs.

Les fourrures du Buffet CFF
Un hiver, le troc avait annoncé faire une saison spéciale anciennes fourrures. Ainsi un gars se pointe avec quatre beaux manteaux de fourrure. Il voulait de l’argent tout de suite. Fâché d’apprendre qu’il fallait attendre la vente pour toucher du pognon, le type ressort avec les fourrures et les balance dans la rue depuis le perron. En gueulant: «Je les ai piquées à la gare!». Puis il se taille.
Il venait de faire sa razzia au Buffet de la Gare qui s’enorgueillissait à l’époque de sa première classe (le MacDo actuel). Ni une ni deux Françoise téléphone au Buffet. Un serveur court chercher les manteaux. Les quatre clientes n’y ont vu que du feu!

Les filles de joie d’en-face
Situé en face du cabaret Le Bouchon (devenu Paradise), Troc Store a un petit rayon lingerie. Ces danseuses viennent en outre s’approvisionner pour envoyer des fringues chez elles. La mixité n’est pas un vain mot en ce lieu.
Bon à savoir
Chaque semaine, Troc Store expose des nouveautés sur Insta. Ces objets sont à réserver uniquement par téléphone!
Notez 😉qu’il existe un Troc-Store en Tunisie et un autre en France.
Et que vous pouvez gagner 2 bons Troc-Store au concours de 1000METRES.CH chaque début de mois.
Troc-Store
Fritz-Courvoisier 7
2300 La Chaux-de-Fonds
032 968 55 41
Horaire
Lundi: FERME
Du mardi au vendredi: 9h00 – 11h30 + 14h00 – 18h30
Samedi: 9h00 – 12h00




