La SPA de la Tchaux, une chotte en sursis

Notre système juridique considère les animaux comme des objets. Défendre ces derniers devient donc une nécessité. Des citoyens responsables s’y emploient, non sans difficultés.
Depuis 1930, et pendant presque trois quarts de siècle, les bénévoles de la SPA n’avaient pas d’endroit spécifique pour garder les chats dont ils étaient responsables, ils s’occupaient donc de ces animaux dans leurs appartements.

Au comment semant estoit le verbe
Un jour, un de ces bénévoles fût engagé par un propriétaire immobilier afin d’entreprendre des travaux de ferblanterie, mais ce dernier lui tint des propos très singulier lorsqu’il reçut la facture: «Je ne la paierai jamais, par contre je vous ferai un don après ma mort». Le ferblantier, n’en croyant pas réellement ses oreilles, s’en retourna à d’autres occupations et le temps passa.
Mais, au cours de l’année 2003, le comité de la SPA fût tout surprit de se faire convoquer chez un notaire afin de recevoir un héritage contenant une maison, un terrain et un million de CHF.

Le terrain fut vendu afin de payer les transformations pour aménager un refuge à chats dans l’actuel rue de l’Est 8, héritée. Le reste de l’argent constitua un fond d’aide aux futures dépenses. La SPA, telle que nous la connaissons maintenant, était née.
En réalité, l’appellation SPA (Société Protectrice d’Animaux) serait usurpé étant donné qu’il n’y a que des chats, c’est pour cette raison que les termes «refuge pour chats» ont été rajouté. Il s’agit d’une association et non d’une société.
Le centenaire aura lieu en 2030, l’évènement est en préparation. Cette date correspondra malheureusement plus ou moins avec l’épuisement des réserves financières.
Organisation et fonctionnement
Une trentaine de bénévoles aident à remplir l’agenda du cahier des charges. Ils s’occupent des nettoyages, de la nourriture et d’autres activités au gré des nécessités.
Cinq ISP (personne en Insertion Socio-Professionnelle), se chargent du nettoyage des salles, de la sociabilisation des chats et des soins. Les ISP, rémunérés par l’aide sociale, ont des contrats de trois mois renouvelables.

Deux salariées, Margaux Racine (100%) et Silvia Nuvolone (50%), attestées FSIFP chats (Formation Spécifique Indépendant d’une Formation Professionnelle) sont responsables de l’administration, de la gestion des agendas des employées, des soins, des adoptions et du matériel.
La présidente, Dominique Burri, ayant succédé à Jean-Jacques Evard, s’occupe des relations publiques et du comité.
Surtout des bénévoles
Un vice-président, Laurent Béguelin, chapeaute (chat pote) le tout. Il habite sur place. Avantage: il est informaticien et peut gagner de l’argent grâce au télétravail. Il s’attendait à chouchouter des minous, mais il a rapidement dû encaisser un ascenseur émotionnel oscillant entre joies et situations éprouvantes.
Si vous désirez faire partie de cette jeune et joyeuse équipe de passionnés, vous serez alors pris à l’essai durant 3 jours, c’est la règle.
Diplômes et attestations
Une attestation «FSIFP: Pension Chats et petits animaux de compagnie» s’obtient après 42 heures de théorie, 14 heures de pratique, un stage de 3 mois ponctués d’examens finaux. Cela permet d’ouvrir une pension pouvant accueillir 19 chats dans un même lieu. Chance, une mère allaitant ses petits ne comptent que pour un. Un CFC de gardien d’animaux autoriserait 49 pensionnaires, mais ces études durent 3 ans.

Nombreuses tâches
Le travail nécessaire au bon fonctionnement de ce refuge est vaste et varié:
- Donner des conseils aux personnes en situation de détresse et un peu dépassés par certaines situations qu’ils ne comprennent pas.
- Désamorcer des conflits afin d’éviter des abandons par des individus pensant régler leurs problèmes de cette manière.
- Aller attraper des chats errant dans des endroits très divers. Essayer de pratiquer un suivis sur le terrain.
- Réceptionner des chats se trouvant dans des états très divers.
- Nettoyer les cages et les salles.
- Distribuer de la nourriture, des soins et des vaccins.
- Entretenir des rapports avec des agriculteurs, les vétérinaires et d’autres refuges.
- Sociabiliser les chats traumatisés ainsi que certains de leurs propriétaires.
- Publier les photos des chats trouvés non pucés sur internet.
- Essayer de dénicher les chats correspondant aux affinités des gens désireux de les adopter.
Promotion de la castration
C’est un des rares refuges à être catégoriquement contre l’euthanasie de confort. Les chats trop vieux, malpropres, atteint du syndrome du tigre (agressivité), atteint de maladies transmissibles, ou très traumatisés, sont placés en quarantaine dans l’une des deux autres salles. Il peut aussi arriver que certains cas inadaptés à cet endroit trouvent asile dans d’autres refuges avec lesquelles la SPA est en partenariat.
Il prête cages et trappes contre une caution de 50 francs.
Il tente de résoudre les problèmes en amont en castrant et en stérilisant systématiquement afin d’éviter une prolifération. Il donne aussi des bons de castrations et de stérilisations aux agriculteurs lui en réclamant.
Pourquoi tant de chats passent là?
Une multitude de raisons amènent des chats dans ce refuge.
Des gens souhaitent s’en débarrasser par pur égoïsme, certes, ou par compassion, en réalisant qu’ils ne s’en occupent pas bien ou qu’ils n’ont, en fin de compte, aucune affinité avec ces animaux. Des gens déménagent très loin ou se font virer de leurs appartements. D’autres se mettent en couple avec une personne allergique aux chats, au sens propre ou figuré.

Des gens possédant des chats peuvent tomber gravement malades ou mourir. Tuer un chat avec préméditation demande un certain courage, c’est pourquoi les cas d’homicide, impossible à vérifier, sont estimés peu nombreux.
À noter que le personnel reste très poli et très zen avec les gens amenant des chats.
Les chats arrivent de partout
Il existe des endroits privilégiés où trouver des chats perdus, comme le camping, les entrepôts, les exploitations agricoles. Le vétérinaire cantonal en amène lorsqu’il soupçonne des cas de maltraitances, les services sociaux aussi. Parfois cela peut-être les forces de l’ordre et souvent des particuliers, observateurs, se prenant pour des rabatteurs. Une fois, quelqu’un a même déposé une cage à l’entrée d’une déchetterie.
Pour l’instant, il n’existe malheureusement aucune statistique permettant de connaître le pourcentage de chats errant ayant été lâchement abandonnés, car cela occasionnerait trop de travail. On constate tout de même que le puçage des animaux oblige leurs propriétaires à devenir plus responsables.

On constate des petits pics d’abandon avant chaque vacances.
Formalités d’adoption
Souvent, les gens désireux d’adopter des chats prennent rendez-vous. Sur place, ils remplissent une demande d’adoption. Cette démarche permet aux employées du refuge de filtrer les demandeurs: différencier les coups de tête et les réelles investissements; repérer les personnes inaptes; proposer un chat ayant un caractère compatible avec le futur acquéreur.
Il n’y a pas de protocole strict, les formalités se font au coup par coup. Cela peut parfois prendre du temps, mais aussi être très rapide,.
Il est préférable que les chats restent le moins longtemps possible au refuge, afin de diminuer leurs pertes de confiance en l’humain. Il existe un délai légal de deux mois minimum avant de pouvoir confier un chat, ceci afin de permettre à certains propriétaires de retrouver leurs compagnons au cas ou leurs pertes seraient accidentelles. Les responsables du refuge aimeraient restreindre ce délai à un mois car ils estiment que cela permet déjà environ 90% de retrouvailles.
Vaccins et puce ont un prix
Avant de pouvoir repartir avec votre nouvel ami, vous payerez 250 francs, somme ne couvrant pas la totalité des frais les chats sont vaccinés, vermifugés, pucés et stérilisés), et signerez un contrat d’adoption à respecter sous peine de restitution de l’animal. Ce dernier aura été testé Sida (FIV) et Leucose (FELV),. Si la stérilisation n’a pas pu être effectué à temps, un bon de castration, ou stérilisation, vous sera fournis afin de confier l’animal au vétérinaire.
Anecdotes aigres-douces
Certaines personnes ayant adopté un chat reprennent contact avec le refuge pour demander si il serait possible d’échanger leur chat contre un autre, comme dans un magasin.
Une fois, la requête de remplacement ne concernait que la couleur du pelage.
Quelqu’un a tenté de troquer son chat pour cause de «cacas puants».
Un chat au tempérament calme s’est soudainement mis à agresser régulièrement sa propriétaire et il a fallut un certain temps avant que cette dernière comprenne que son animal la rendait responsable de l’absence de son mari.
À l’inverse, une chatte agressive a commencé à dormir sur son maître suite à un déménagement.
Alors que des employés du refuge, essayant d’attraper des chats sauvages dans le quartier des Forges, demandaient des informations à une dame à la fenêtre, celle-ci leur répondit «J’veux pas vous l’dire, parce qu’après, si j’vous aide, j’aurais plus rien à r’garder par la f’nêtre!».
Bisbille autour d’un leg
En 2015, un Monsieur fortuné, habitant la ville de Nyon, avait décidé de léguer un million de francs au refuge. Mais suite à des fuites, les SPA de Neuchâtel et du Locle engagèrent des avocats afin de réclamer ce qu’ils estimaient être leur part. Finalement, après de pénibles procédures, le refuge de La Chaux-de-Fonds n’encaissa que 600’000 frs.

Bon à savoir à propos des chats
Si vous pensez avoir des problèmes avec votre compagnon quadrupède, alors n’hésitez pas à vous renseigner et à demander des conseils. Quelques cas :
- Il arrive qu’un chat ayant un mauvais comportement sente l’instant où ses maîtres décident de s’en débarrasser et change d’attitude à partir de là.
- Des cystites peuvent être déclenchées par manque de stabilité ou d’horaire fixe, mais aussi lorsqu’ils sont frustrés de ne pas pouvoir sortir.
- Le 90% des chats ne désirent pas forcément aller dehors.
- Les colliers peuvent engendrer de nombreux accidents désagréables pour leurs porteurs et sont donc fortement déconseiller. Faites-les plutôt pucés.
- Si vous nourrissez un chat, à l’intérieur ou à l’extérieur, alors vous en êtes légalement responsable.
- Si vous êtes mordus par un chat, le votre ou un autre, il est alors impératif d’aller à l’hôpital.
Ils ne «parlent» qu’aux humains
Petits, ils piaillent afin que leurs mères puissent plus facilement les retrouver. Adultes, ils se houffent ou se rônent entres eux, mais ils ne miaulent qu’avec les humains.
N.B. Comme sa mère ainsi que ses frères et sœurs, le petit chaton nourri à la seringue de la photo n’a pas survécu.

Finances précaires du refuge
Dépensant plus qu’il ne reçoit, le refuge, est sans cesse dans les chiffres rouges. Plus il est efficace, plus il perd de l’argent. Le déficit est d’envirom de 80’000 francs par an et les réserves fondent comme neige au soleil.
Côté dépenses
Un chat coûte entre 500 et 800 francs: les tests de maladies (84.-); les vaccins et les rappels (170.-); le vermifuge (30.-); la puce (54.-); la castration (87.- pour un mâle et 190.- pour une femelle). S’y ajoute nourriture, sable, loyer, chauffage, électricité, téléphone, internet, assurances, salaires des employés et tout le matériel.

Sans compter les bons de castrations et de stérilisations distribués à gauche et à droite afin de résoudre le problème de la prolifération.
Côtés revenus
Chaque chat placé comble le déficit de 250 Francs. Cette somme est fixée en fonction des prix de la concurrence.
Des gens font régulièrement des dons en liquide, par factures, par bulletins de versements ou par twint.
Les membres de l’association, payant des cotisations allant de 35 à 100 francs, sont vieillissants. Ils étaient 2000 il y a quelques années, ils ne sont plus que 800 aujourd’hui.
Les journées portes ouvertes ont elles aussi étés supprimées depuis 2007, car elles généraient plus de stress pour les pensionnaires que de rentrées d’argent.
Des stands sont organisés dans des grandes surfaces ainsi qu’à la patinoire. Des campagnes régulières alertent sur les réseaux sociaux.
Suite à un appel lancé à la commune, celle-ci a accepté de subventionner castrations et stérilisations hors refuge, pour un montant de 18’000 frs par an, en payant 10’000 francs par an à partir de 2025. Les responsables sont flattés que leur travail soit enfin reconnu officiellement.
Bénévole au refuge pendant 15 ans et décédé le 4 février 2020, Nicolas Messmer, que les actuels employés n’ont pas connus, estimait quand à lui que les radins de la commune auraient dû, depuis longtemps déjà, verser 1un franc par habitant chaque année vu que ce refuge est d’utilité publique. Il se trouve qu’en effet, les citoyens, les services sociaux, les vétérinaires et les forces de l’ordre recourent régulièrement à ses services.
Informations pratiques
Les visites au refuge, rue de l’Est n°8, se font uniquement sur rendez-vous.
Tél 032 / 968 64 24
du lundi au vendredi de 9h00 à 11h30.
Sur internet:




