Hommage centennal: «Velan est notre Joyce»

Yves Velan, né en 1925, sera fêté dès fin août. Portrait partial, mais sincère de l’écrivain, chauxois de cœur. En écho, notules sur Le Narrateur et son énergumène roman posthume.
Cette année, l’Association pour la promotion de l’œuvre d’Yves Velan (APOYV) fête les 100 ans de la naissance de l’auteur, né le 29 août 1925 et décédé en 2017. Buffle de bois en astrologie chinoise, cet auteur est à l’image du XXe siècle qui l’a vu naître: vertigineux.

Mise en perspective
1000METRES.CH dresse ici un portrait kaléidoscopique de cet intellectuel au talent tentaculaire, oscillant entre le réel et la dystopie. Outre des anecdotes personnelles figurent, intercalées, des notes de lecture sur Le Narrateur et son énergumène son roman posthume. Le tout sans prétentions chronologiques.
Inspiré de l’esprit d’escalier velanesque qui vous perd tout en vous guidant, puissent ces lignes rappeler les mérites et les tribulations de cet auteur, objet d’un culte discret, quoique puissant.
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Certaines illustrations sont des copies de rapports de police. Car les limiers à gros souliers du Ministre public fédérale ont suivi Velan à la trace.

Dès l’école de recrue, l’armée suisse a repéré qu’il s’agissait d’un vilain marxiste, sympathisant communiste d’extrême-gauche, abonné à des revues suspectes philo-soviétiques voire «orientées dans le domaine de la philosophie de l’être humain». S’ensuit une traque au long cours.
Chaussez vos lunettes ou zoomez hardiment sur ces clichés, la prose policière est impayable.

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Précision: j’ai sollicité plusieurs lettré∙es ayant côtoyé Velan pour contribuer à cette célébration. Je n’ai rien récolté. Soit iels ne souhaitaient pas se coltiner un hommage au maître, soit refusaient en me renvoyant aux «spécialistes». Or à dessein, optant pour un ton primesautier, je n’ai pas approché l’homme qui sait, Pascal Antonietti, qui a déjà eu fort à faire pour mettre sur pied, avec Loyse Renaud, l’exposition qui accompagne la manifestation.

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Durant cette (en)quête, j’ai rencontré près de chez moi, par hasard, un collègue journaliste, élève de Velan. Je cherchais témoignages ou anecdotes. «Tu m’écrirais un bout de texte, un souvenir le concernant?» Mauvaise question! Gil Stauffer m’a ri au nez: «Ah, non jamais, pas un mot sur ce pédant imbu».
Réaction inverse d’un lycéen des année 1990, croisé également à l’improviste, lors de la dernière Plage des Six Pompes: «J’ai eu Velan comme prof de littérature du XIXe. J’étais très impressionné, j’avais 17 ans. C’est lui qui m’a motivé à faire les Lettres à l’uni.»
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Si je me rends à la Bibliothèque de la Ville, je lis sur le porche qui défigure le bâtiment, cette phrase d’Yves Velan: «Nous devons assurer la permanence de la rupture». Elle me remémore ce personnage sévère et énigmatique, parfois tranchant, qui m’avait pris en sympathie. Ainsi en 1974, il avait répondu aimablement depuis les Etats-Unis à un mien aérogramme. Où je rappelais un récit qu’Yves faisait aux enfants sur le crocodile du Jardin des Plantes.

Chaque fois, je suis saisi par la pertinence de cette phrase. Et par la laideur du rajout. Il faudrait condamner les architectes de telles horreurs à manger leurs plans.
C’est dans ce bâtiment que Velan a enseigné dans les années 50-60. Il y a aussi mis en scène une pièce de Molière, L’école des femmes en 1957.
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De Suisse aux USA
en passant par l’Italie
Comme Velan fut voyageur, en faits et en esprit, citons quelques étapes de son parcours.
Né à Saint-Quentin (entre Amiens et Reims), d’une mère picarde, il est originaire de Bassins, en dessus de Nyon. Son père était architecte. Enfance entre Genève et Bassins. Le patronyme Velan est rare sauf dans cette région.
Lettres à Lausanne, puis séjour à l’uni de Florence. Il y rencontre sa femme, Luisa Chini.

De retour sur Vaud, il est frappé d’interdiction d’enseigner, vu les opinions politiques qu’il affiche. Il part pour La Chaux-de-Fonds. Remplaçant d’abord, la commune le nomme professeur au Gymnase en 1954.
Marié à Luisa Chini, elle aussi lettrée (elle a publié une monographie sur l’œuvre de son père Tito, peintre).

Par deux fois (1965-66 + 1968-78), Velan enseignera la littérature française aux USA (Université d’Urbana, Illinois). Puis il revient à La Chaux-de-Fonds où il reprend sa fonction de prof au lycée.
Il est enterré au cimetière des Eplatures.
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Un être rare, incisif, vigilant
Sporadiquement, je le croisais. Un jour, dans un train entre Lausanne et Genève, apprenant que j’étais devenu journaliste, Yves m’a expliqué de son ton docte, qu’il me faudrait traiter les sans-grades – «les petites gens» a-t-il précisé – avec autant de déférence que les grands de ce monde, telles les huiles politiques.

Cette remarque limpide et lucide m’a frappé: son principe a pu germer sur le terreau des valeurs inculquées par mon père. Je n’ai ainsi jamais eu aucun respect de l’autorité en tant que telle, tout le monde mange et défèque, ministre ou évêque.
Le sans-gêne ainsi acquis et ancré me sert encore aujourd’hui.
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Le Narrateur et son énergumène est paru en 2018, un an après son décès. Accouchement difficile: on ne compte pas les versions (15 selon Velan) de ce texte écrit et réécrit durant quarante années sans interruption. Les citations “entre guillemets” sont tirés de ce roman
Faux-départ
Le livre débute mal: “Il y a un problème du commencement.” Velan ne pouvait ignorer l’importance attachée par certains exégètes littéraires à la première phrase de tout roman. Et là, paf, tout de suite, un problème.
Cela tient en sept mots. Septuor inaugural de mauvaise augure? On en doutera 350 pages durant. Quoique assaisonnée d’une bonne dose d’autodérision, l’ambiance est plombante; reste que le propos est sérieux, la discorde omniprésente.
Érudition et critique du pouvoir
Le premier chapitre tient du journal de bord: on apprend que le Narrateur ramasse un tesson de bouteille. Puis l’auteur demande “que l’on attende un peu”. Une légère tension s’installe, elle perdure pendant toute la lecture.
Comme les autres œuvres majeures de Velan, c’est un ouvrage à déguster aussi rapidement que possible, sans se laisser distraire. Si vous l’oubliez dix jours sur la table de nuit, il faudra relire des passages déjà parcourus pour s’y retrouver. Mais une fois lu la préface indispensable d’Antonietti et trouvé un rythme quotidien, le pli est pris, on suit les récits parallèles sans (trop) sourciller.

Jean Kaempfer, professeur honoraire, tient d’ailleurs des propos semblables sur un autre roman velanesque: «La Statue de Condillac retouchée se lit comme un train qui fonce dans la nuit». Il faut se laisser porter, bercer par le rythme syncopé du choc des idées.
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À mes yeux, l’essentiel du débat féroce entre le Narrateur et l’Énergumène reflète certes le combat entre le Bien et le Mal. Or me semble-t-il, l’enjeu est surtout le pouvoir, ici celui d’une dictature envisagée. Le futur dictateur manipule volontiers, le Narrateur s’attache au moyen d’artifices rhétoriques à démonter l’inanitié de ses menées.
Une splendide joute politique accompagnée d’une joute sur les termes et de brillantes mises en abîme. Velan/Narrateur sait “ficeler une histoire, trousser des bonhommes”.
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Premier logis aux Forges
Installé dans un premier temps aux Forges, Velan y noua des amitiés. Il logeait là sur conseil d’un de ses collègues enseignants, Jean Steiger, fils de pasteur et fervent communiste. Membre fondateur du POP dès 1944, il en fut l’un des principaux théoriciens. Dialecticien hors pair tendance stalinienne, combatif, ce militant intellectuel a plu à Velan. Steiger trouva à loger le jeune prof à Numaga, un bloc neuf alors.

Lorsque Yves Velan est arrivé au Gymnase local, il était inscrit au POP. Ayant quitté le POP avec plusieurs autres opposants révoltés par les affaires hongroises, Velan a fondé alors la Nouvelle Gauche, avec eux et quelques déçus du parti socialiste.

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Sans revenir sur les démêlés politique de cette époque dans le canton, il faut citer par ailleurs, le conflit entre Velan et Jacques Chessex, deux membres de la société estudiantine Belles-Lettres. Velan avait co-fondé avec Henry Debluë et quelques autres Bellelettriens la revue Rencontre,
L’Ogre se heurte à la Statue
D’abord grands amis, ces deux écrivains se sont petit à petit définitivement brouillés. La virulence de la détestation a été phénoménale à lire un beau texte de Sylviane Dupuis paru après la mort de Chessex; à tel point que la correspondance échangée a été, côté Velan, mise sous scellés. On n’en saura donc pas plus.
Joli coup de grâce d’Yves: ainsi, on peut imaginer les pires invectives…
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Comme la qualité de Bellettrien ne se perd ni par l’âge ni par la mort, dixit le site de la société, lors d’un anniversaire conjoint de ma mère et de ma pomme (un faux centenaire, Josette avait 60 ans, moi 40), Yves qui y participait, a tiré sur le pétard – effroi de ma mère – et souhaitait que tous les convives présents signent sur une même feuille en souvenir de la fiesta. Un rituel classique des porteurs de casquette vertes et rouge.
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Gourmand, Velan aimait la bonne chère et trinquait volontiers du bon vin, du rouge donc.

Il fréquenta mes parents dans divers cafés. Notre famille vivait alors à Numaga en voisins d’Yves. Peu après, mes parents déménagent dans une barre HLM à proximité, rue de l’Arc-en-Ciel. Les visites aux domiciles respectifs restèrent aussi fréquentes.
Mémorable papet
C’est mon premier souvenir du bonhomme: un matin, Velan débarque dans la cuisine familiale armé d’une botte de poireaux, d’un gros saucisson vaudois et d’une bouteille de vin blanc.
Il prépare alors un papet vaudois à l’ancienne. Armé d’un tire-bouchon, il débouche une bouteille de Meursault millésimé et la verse d’autorité dans la casserole. Ma mère fait un bond: «On devait le boire, c’est de l’excellent vin!».
Souverain, Yves rétorque: «Pour cuire un bon papet, il faut le mouiller de bon vin».
De surcroît, mon paternel se souvient du mitonnement d’un poulet au vin jaune: Yves avait aussi exigé que l’on sacrifie un flacon entier pour sa sauce.
Se remémorant Velan jeune, mon père Blaise se rappelle: «Yves se braquait aisément, il se fermait alors à la manière d’une huître. Ainsi comme il n’aimait pas les journalistes, une interview pouvait vite tourner court».

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Soirées poker aux allumettes
Fascinée par l’écrivain (par l’intermédiaire duquel mes parents avaient pu se lier avec Roland Barthes durant leurs études à Paris), ma mère l’invitait épisodiquement chez nous le soir partager un repas avec d’autres amis. Une fois les assiettes vidées, la cuisine se muait alors en tripot. Velan brassait le jeu et la partie de poker commençait. Avant d’aller au lit, je suivais un moment les cartes tourner.
Personne n’était riche, parmi les joueurs: la mise était en allumettes, on jouait ainsi des centimes. En fumant Gauloises bleues ou Gitanes papier maïs, les joueurs éclusaient force flacons (de rouge toujours).
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Le jeu joue un rôle central dans ce livre et dans la vie d’Yves: son père a dilapidé la fortune familiale aux courses. “Vendredi jour du poker”, à maintes reprises, le poker surgit: “j’irais à mon club de poker”, “Jaworski est intraitable au poker”, “J’étais d’une partie de poker, j’y ai laissé ma chemise”.
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Effréné, l’Énergumène exige à un moment à boire. Il avale goulument, que dis-je, il descend à plusieurs reprises des quantités gargantuesques d’alcool. Il ne se prive pas du plaisir d’étancher une bouteille.
À lire verre en main
Le Narrateur n’est pas inscrit à la Croix Bleue pour autant: il craint un jour “que le rouge d’Arbois ne lui coupe les jambes”. On débouche un Haut Brion (seul cru hors Médoc à figurer dans les classement de 1855) à l’occasion d’un poker. Une autre de Barack hongrois. On déguste du Gruaud Larose, un St-Julien, dit vin des rois.
Un des protagonistes va boire au Buffet de Gare. Ailleurs, lampant un godet, il ressent “l’euphorie du feu jusqu’aux viscères”. Une bouteille d’Armagnac passe de vie à trépas lors d’une diatribe vorace.
Parfois chez l’auteur une lueur de mauvaise conscience surgit au fond du verre: le Narrateur caresse l’intention de boire modérément, “d’essayer du moins”…
Pourtant, il finira ailleurs “schlass à en tomber”, après “à peine l’équivalent de deux bouteilles”.

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Souvent, Velan (ou est-ce le Narrateur?) cite La Chaux-de-Fonds et les environs. Il connaît sa “neige noirâtre”, y voit quasi “une ville russe isolée entre deux pentes”. Et le bon bord du chef-lieu prussien n’est qu’une “aristocratie de carton-pâte”.
Plus loin, il repère dans la région des “ignorants de l’espèce consternante”.

Fulminantes expressions
Velan peaufine d’habiles détournements qu’il met dans la bouche de l’Énergumène: il invente par exemple en verlan châtié, le taire-secret (un meuble bien sûr), une “recette de Worcesterboudin attribuée à Jack l’Éventreur”, et sent “la moutarde commencer à me sortir des gonds”; invoque un inconnu, Gargamesh; ou intime: “ne dardez pas sur moi ce silence de termite”.
Cette œuvre posthume invite à cartographier le vaste esprit de Velan.
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L’Énergumène «joint l’utile au désagréable», comme l’écrit Jules Verne dans Paris au XXe siècle, paraphrasant Horace (j’avoue ne pas avoir vérifié, ma moyenne en latin était abyssale). Il éructe, il est grossier, parfois truculent, terriblement malappris. Il s’impose, aboie, attaque verbalement sans relâche. Fourbe, il balade lectrices et lecteurs.
Le Narrateur s’y met aussi: le débat entre les deux protagonistes est émaillé de fragments de sa vie. Il lit le journal, boit (du rouge) mange, se déplace. Et reboit (encore du rouge).

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Slogans de propagandiste
L’Énergumène cherche à s’attirer les grâces du Narrateur pour rédiger de quoi exciter les foules. Habitué des métropoles, Velan a compris l’impact des graffitis bombés partout.
Comme l’Énergumène entend faire passer un message, le média doit être directement impactant. Il faut que le Narrateur lui livre des slogans courts et percutants. Voire d’autres textes destinés à endoctriner. Âpres négociations.
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Velan se serait-il inspiré de L’amour au temps du choléra de Garcia Marquez? À la fin de cette histoire, le prix Nobel colombien fait embarquer sur un navire sous quarantaine, un personnage nommé l’Énergumène, «une femme d’une gigantesque beauté».
Hors norme comme l’emmerdeur patenté de Velan.
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L’air de rien, Velan est un scénariste hors pair. Son schéma d’action pour sonner le glas de notre société actuelle est fulgurant. Le germe de la révolte part de slogans peints à des endroits stratégiques. La suite est juste époustouflante: meurtres en série, incendies, calamités diverses et j’en passe.
Hyperréaliste et dystopique, son sens technique de la catastrophe à venir donne la chair de poule. Impossible d’en dire plus ici sans divulgâcher les brusques ressorts narratifs.

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Histoire de savoir mieux:
Pascal Antonietti, Yves Velan, «Collection monographique Rodopi en littérature française contemporaine», 2005 (ISBN 978-90-420-1714-6).
Selon Michael Bishop, directeur de la publication: «L’analyse de Pascal Antonietti, sûre, fervente, richement méditée, parvient à bien établir les équations délicates d’une œuvre qu’on peut considérer comme un des sommets, subtil, vigoureux et discret à la fois, de la littérature contemporaine de langue française.»
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Distinctions
En 1960, Yves Velan reçoit le prix Fénéon à la Sorbonne et le Prix de Mai pour JE.
En 1990, l’œuvre d’Yves Velan est honorée du Grand Prix C.F. Ramuz.
En 1993, Prix de littérature du canton de Neuchâtel.
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Programme (détails cliquer ici) (août 2025 – janvier 2026)
- 30 août, 10h Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds vernissage de l’exposition «Yves Velan, le parti pris de la littérature» Apéritif.
- 30 août, 17h, Promenade 10 «appartement Velan»: lecture d’extraits de Soft Goulag et de Le narrateur et son énergumène, par Cyril Kaiser, comédien.
- 31 août, 10h – 22h30, appartement Velan: lecture intégrale et ininterrompue (11 heures 30) du roman La statue de Condillac retouchée, par Pascal Cottin, éditeur.
N.B. Un buffet est disponible durant la lecture. - 13 septembre, 14h, Ancien Manège de La Chaux-de-Fonds : départ de la Balade littéraire de «1000m d’auteur.e.s».
Je, tu, il: Yves Velan et ses doubles.
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Merci à toutes celles et ceux qui m’ont confié des anecdotes. Et 1000 mercis à l’ami historien Marc Perrenoud, grand fouilleur du passé devant Seshat, pour les documents reproduits ici qu’il a localisés aux Archives fédérales 🎩.
Merci aussi à Sylviane Dupuis pour sa fulgurante trouvaille reprise en titre Velan est notre Joyce.
Les illustrations sont issues du dossier Velan établi par le Ministère public fédéral et de la ©Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds, Département audiovisuel (DAV), Fonds iconographique + Fonds Affiches + Fonds Velan.
Certains clichés ont été pris durant la préparation de l’exposition.
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Autres points de vue: liens épars
Pour ses 80 ans, des louanges signé Isabelle Rüf
Nécrologie signée Philippe-Jean Catinchi soulignant «la lucidité sans faille d’un écrivain hors-norme» Le Monde, 17.5.2017
Focus Yves Velan Club 44, 21.11.2023, débat filmé (1h45) avec Sylviane Dupuis, Daniel Maggetti, Jean Richard, Jérôme Tonetti. Animé par Pascal Antonietti
Quelques lignes sur Carlo Baratelli, ami, peintre et voisin
Velan, la fiction en habits de militance Article de Jean-Bernard Vuillème à l’occasion de la réédition de Je et de La Statue de Condillac retouchée





