L’obsession, signe d’une intelligence voilée

Témoignage rare et de première main, le récit que vous allez découvrir ouvre la porte souvent ignorée de l’autisme, voilée par un air de normalité physique. Introspection épatante.
Le petit Eric est né dans une famille avec un frère et ses parents. Il se sentait bizarre et avait de la peine à entrer en contact avec des gens. Sa vison du monde était différente et il était mal compris.
Il ne le sait pas encore, mais en fait il est autiste. Sa scolarité était compliqué car il a été très gêné par l’esprit de compétition qui régnait dans l’école.
L’obsession: cinoche et VHS
Ce moteur de la société lui était complétement étranger. Sa pensée alternative n’était pas adaptée au formatage et au prêt-à-penser souvent implicite.
Au début de l’adolescence, Eric a développé un imaginaire, déjà fécond, avec un intérêt spécifique marqué pour le cinéma. Il passait tout son temps libre dans les salles obscures et visionnait plus de cassettes VHS de l’époque que vous ne pouvez l’imaginer.
L’esprit en cinémascope
Films après film, sa connaissance du domaine grandissait et il devenait spécialiste. Cela lui permettait d’affronter la vie sociale et sa communication. Parfois il ennuyait les personnes avec son sujet de prédilection sans se rendre compte que d’autres n’étaient pas forcément intéressé·es par cette thématique.
Renvoyé chaque fois plus bas
La période scolaire se passa difficilement. À dix-huit ans, il se fit renvoyer d’une école de formation paramédicale et sociale après deux échecs en première année. Auparavant, il s’était mal orienté dans une section scientifique. Après deux ans et demi de déboires, il dut passer dans une filière plus basse.

Autiste ou pas, allez savoir…
Face à cet échec, ses parents s’inquiétèrent. Sans le consulter, ni demander son accord, ils envoyèrent Eric chez un psychologue. Ce dernier expliqua que sans le consentement du patient la thérapie ne sert à rien. Exit la «thérapie» envisagée par les géniteurs.
Quelques année plus tard, Eric le contacta, de son propre chef, pour faire un travail en commun.
Caramba encore raté
Suite à une autre formation avortée, il finit dans une école privée sur deux ans. En ce temps-là, il voulait devenir steward. Il termina ce cours commercial privé, fit des séjours linguistiques en Angleterre et en Allemagne; puis il eut un emploi une saison durant dans un hôtel. Il rata l’examen d’entrée d’une compagnie aérienne.
S’en suivit une période de petits boulots précaires, de chômage et d’aide sociale.
Après ces neuf ans de galère instable, il put, non sans mal, effectuer en une année une passerelle pour obtenir un CFC d’employé de commerce. À partir de là, le petit Eric devenu grand, a été contraint d’utiliser les codes sociaux pour arriver à ses fins.
À savoir, pour être pris au sérieux par les services sociaux, il a mis une cravate lors de la visite de son référent sur son lieu de travail, dans un bureau. Fort heureusement, l’illusion vestimentaire a marché.
Sans réaction face aux filles
A cette époque, Eric avait connu un copain à l’armée et gardait contact avec lui car il était aussi cinéphile. Un jour, il mangeait un kebab avec ce dernier, assis tous deux sur un banc à Neuchâtel au bord du lac.
Au bout d’une heure, il s’énervait contre Eric en lui disant qu’il ne voyait rien. Celui-ci étonné lui demanda ce qu’il se passait. Il répondit que dix filles l’avaient regardé et qu’il n’avait rien vu. Placé dans cette situation, le pote, timide, était jaloux.
Diagnostic peu fiable
Les douze prochaines années furent peuplées d’une succession procédures d’admission dans des écoles sociales suivies des échecs à répétition. À ce stade, il avait été diagnostiqué TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité).

Il rencontra alors l’animatrice d’une groupe de paroles sur le sujet. Cette fille est devenue son amie et l’a aidé par empathie durant des années dans beaucoup de domaines de sa vie.
Trois formations, finalement
Arrivé à ce stade, il a pu bénéficier de l’appui d’un coach de l’AI pour suivre trois formation dans le social, soit job-coach, formateur d’adultes et formateur de français (pour migrants).
Sa vie privée était toujours chaotique. En effet, Eric ne comprend pas ce que lui veut une fille jusqu’à ce qu’elle lui demande explicitement s’il veut venir dans son lit.
Ayant atteint la cinquantaine, l’amie du groupe TDAH est devenue sa curatrice depuis deux ans, une manière d’avoir un rôle officiel.
Un marché du travail asocial
Résultat des courses: durant son existence d’adulte, Eric n’a travaillé que deux ans comme salarié payant des cotisations LPP et n’a qu’un quart de rente AI.
Malgré ce que prétendent les bonnes âmes expertes des assurances sociales, le marché du travail ne veut pas intégrer ces individus. L’école les insère tant bien que mal dans les classes normales pour que le monde économique les rejette.
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L’auteur du livre sur l’autisme qu’Eric a apprécié s’exprimait sur sa manière de vivre la différence il y a deux ans. Il était obsédé par les Lego.

Ndlr.: Eric est le prénom choisi par l’auteur, car il est plus aisé de rédiger lorsqu’on n’écrit pas en JE.




